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Outer Wilds : Pourquoi ce jeu ne me quittera jamais ?

13 mai 2026 8Points de popularité 0Commentaires

Si vous êtes ici pour lire une critique d’Outer Wilds avant d’acheter le jeu, je vous recommande d’arrêter vos recherches maintenant. Outer Wilds est un jeu immense qui repose sur la découverte, la curiosité et la logique. Tout ce que vous trouverez sur le sujet avant d’y jouer ne fera que gâcher un peu plus l’expérience. Faites simplement confiance au jeu et donnez-lui quelques heures. Après trois heures de jeu, vous comprendrez sûrement, et vous le terminerez.

C’est ce qui m’est arrivé. On me recommandait très fortement le jeu depuis des mois. Et un jour, je l’ai acheté sans même lire la description ou voir les images. Je lui ai donné sa chance. Au fil des semaines, mon obsession grandissait. J’ai commencé à jouer à Outer Wilds le 5 mars 2023. Depuis trois ans, le jeu ne m’a plus jamais quitté.

Pourquoi Outer Wilds m’a marqué

Cet article ne sera pas une critique du jeu. Il est assez clair que c’est l’un des plus grands jeux de tous les temps. Il renferme des secrets si profonds que certains en viennent à penser que le recommander et en parler, c’est un peu le gâcher. Alors, je vais essayer de comprendre pourquoi, trois ans après, je repense si souvent à ce jeu. Pourquoi Outer Wilds a eu cet impact sur moi. Pourquoi Outer Wilds est l’une des œuvres les plus influentes.

Je considérerai bien entendu que les lecteurs de cet article ont joué au jeu. Si vous ne l’avez pas encore fait, jouez-y, puis revenez : l’article sera toujours là. Pour les autres, je ne chercherai pas à spoiler ou à raconter l’histoire, mais cela arrivera sûrement. De plus, c’est un exercice personnel : je n’aborderai donc pas certaines considérations et j’exprimerai plutôt des ressentis et des interprétations.

Un jeu à part

Outer Wilds est un jeu spécial. Comment vendre un jeu qu’il faut cacher pour qu’il puisse être découvert ? Cette découverte est-elle importante, d’ailleurs ? Oui, c’est tout le but. Parfois, je lis les avis négatifs sur le jeu, et j’en ressens une certaine tristesse. Ce sont des personnes qui n’ont pas compris qu’ils devaient être curieux et persévérants. La majorité des avis négatifs proviennent de joueurs qui n’ont pas fini le jeu et y ont passé moins de sept heures. Ils ne comprennent pas qu’ils doivent s’intéresser à ce qui les entoure, car Outer Wilds est ce genre d’œuvre qui teste la patience.

D’une certaine manière, je suppose que c’est ce que j’aime. Outer Wilds est un peu le meilleur des tests. Pour réussir, il faut de la patience, de la curiosité, de la sensibilité, du courage et de l’intelligence.

Il y a deux sortes de personnes dans le monde : ceux qui ont joué à Outer Wilds et l’ont vécu de A à Z, et les autres, ceux qui n’ont jamais joué, qui se sont spoilés, qui ne joueront jamais et qui ne peuvent pas comprendre. De fait, la relation des gens avec Outer Wilds en dit long sur eux. Ceux qui ont joué, ceux qui savent, sont différents. La manière dont ils sont devenus des « connaisseurs d’Outer Wilds » est très importante.

Quelqu’un qui se spoile ou qui finit le jeu sans rien comprendre sera toujours un peu méprisable. En revanche, quelqu’un qui a eu du mal, mais qui a persévéré, et qui a fait les choses à sa manière (ou de manière similaire à la nôtre), gagnera beaucoup de mon estime. J’accorde donc beaucoup d’importance à la façon dont les gens ont joué à Outer Wilds. Cela a un côté sectaire, je le reconnais, mais quelqu’un qui a joué à Outer Wilds est un peu différent : il a acquis une espèce de savoir interdit que les autres n’ont pas.

Un jour, je parlais avec un groupe de gens. On évoquait les bons jeux, et à un moment, j’ai lâché le nom d’Outer Wilds. D’un simple regard vers l’un des interlocuteurs, j’ai su qu’il avait joué. J’ai su qu’il savait. J’ai vu dans ses yeux cette lueur, quand on parle d’Outer Wilds, qui représente une forme de souffrance et de bonheur, et qui n’est que le reflet de ce savoir interdit que l’on porte.

Alors, quand je rencontre quelqu’un et que je souhaite l’évaluer, j’essaie de lui faire jouer à Outer Wilds. Je sais que ceux qui refusent, qui ne comprennent pas ou qui cherchent les réponses sur Internet seront toujours des personnes moins intéressantes. C’est un peu dur à vivre, surtout qu’on leur trouve des excuses. Comme tout le monde, j’ai eu du mal à accepter que tout le monde ne puisse pas vivre Outer Wilds. C’est comme une découverte extraordinaire : on veut la partager avec tout le monde. Seulement, certains ne sont pas prêts, et il faut garder le secret, car peut-être qu’un jour, ils le seront.

Un miroir de nous-mêmes

Outer Wilds est un peu une sorte de reflet. Certaines personnes ne peuvent pas reconnaître de reflets, car elles sont trop différentes de l’image en face. Pourtant, j’ai un sentiment d’universalité dans les personnages. Chaque voyageur d’Outer Wilds est le reflet d’une facette de notre personnalité.

(Je vais à présent parler des voyageurs, car les Atriens n’ont pas vraiment de genre. Je les décris comme je peux/veux.)

  • Le protagoniste est le plus évident, car il est nous, au sens le plus littéral. Il arrive avec l’innocence, puis découvre peu à peu la terrible réalité.

    « . . . »
  • Chail a un côté très tragique. Elle représente la logique et la réflexion, ainsi que le fardeau que cela constitue. Elle incarne l’optimisme qui disparaît et la naïveté qui meurt, laissant place à la panique, puis à la tristesse.

    « Oh, pourquoi fallait-il qu’on naisse pendant l’extinction de l’univers ? »
  • Esker évoque un sentiment très familier de nostalgie et de remords. Il représente nos succès passés, oubliés. Il a été oublié par l’histoire, il n’est même pas sur la photo du musée. Aujourd’hui, il est nostalgique et plein de regrets. Il s’isole, car il a peur de ne plus avoir sa place dans le monde, mais il se sent très seul, car il voit un monde évoluer sans lui.

    « Mais maintenant, il n’y a pratiquement plus que moi ici. »
  • Feldspath est un peu l’opposé d’Esker. Il incarne la conséquence d’une vie si remplie qu’on en devient fatigué. La pression sociale, la pression que l’on se met, la pression du métier : tout cela mène à vouloir du repos et de l’isolement, qu’on ne trouve pas.

    « Tu es un peu trop jeune pour comprendre, mais servir de modèle à tout le monde, c’est une pression énorme. »
  • Gabro est, selon moi, le plus incompris. On le voit comme paresseux, alors qu’il n’en est rien. En réalité, c’est une forme d’hédonisme : trouver du plaisir dans les petites choses, éviter la peur et accepter la mort pour ne pas en souffrir.

    « Ça t’est déjà arrivé de fixer un cyclone jusqu’à ce que ça en devienne hypnotisant ? »
  • Riebeck représente une tragédie humaine : la peur, la paralysie face à l’inconnu. À deux doigts de réaliser ses rêves, il reste terrifié, incapable de prendre une décision ou d’utiliser ses capacités. Il vit sa vie par procuration, grâce à ceux qui ont du courage.

    « Le voyage jusqu’au pôle Sud a été, euh… On va dire “éprouvant”, à cause de tous ces, euh, tous ces météores. »
  • Solanum peut représenter tous les Nomaïs, mais elle incarne surtout la maturité à son extrême. On l’a vue (ou plutôt lue) grandir. Elle a eu peur, surmonté sa peur, appris et voyagé. Mais elle nous montre aussi qu’après avoir grandi et parcouru ce chemin, il y a une fin.

    « Peut-être ai-je finalement atteint le terme de mon voyage. »
  • Le prisonnier est une forme de courage et de modestie. Il se dresse contre tous pour faire ce qu’il estime juste. Il ne croit pas que lui ou les autres aient plus de droits que les autres espèces. Il a une forme d’optimisme : il agit en connaissant les conséquences, dans l’espoir d’avoir fait le bien. Mais il a aussi ce côté où il essaie de racheter les erreurs et les peurs de ses semblables, et sa vie n’est dédiée qu’à cela.

    « Les miens n’ont pas toujours été si timorés. »
  • Les Nomaïs représentent le tiraillement entre science et religion. Ils ont dédié leur vie à découvrir des vérités, comme des scientifiques, mais leurs efforts ont été si grands et si longs que cela est devenu un besoin pour leur foi. Ils avaient besoin de savoir que ce en quoi ils croyaient valait les souffrances endurées, malgré les désaccords, les personnalités et les sacrifices.

    « Je suppose que nous devons recommencer, mais je ne suis pas sûr de savoir par où. »

Découvrir les personnages dans Outer Wilds, c’est un peu comme être confronté à une partie de nous-mêmes que nous avons du mal à accepter. Nous avons du mal à être insouciants dans les moments graves, à accepter que nous avons besoin de repos, à admettre qu’il nous faut du courage… Le tout rythmé par une histoire peuplée de personnages que nous ne voyons jamais, mais qui ont tous les traits de caractère que nous avons, et qui ont donné leur vie à la recherche d’une vérité douloureuse pour l’homme, que nous devrons affronter seuls, plus tard.

Une exploration du monde

Un des points forts d’Outer Wilds est l’exploration du monde qui nous entoure. Dans notre société, il est encouragé de créer plutôt que de trouver. Beaucoup considèrent qu’il faut créer des solutions ou des choses, plutôt que de découvrir et de comprendre. Dans Outer Wilds, on ne nous demande jamais de dominer l’univers, de le conquérir ou de l’asservir, ni de trouver des ressources à transformer. Certains ont comparé Outer Wilds à des jeux de survie comme Subnautica ou The Forest, mais je pense qu’ils se trompent complètement. Dans Outer Wilds, on ne collectionne pas les ressources, et on n’a pas à survivre (même si on met du temps à le réaliser).

Cette perspective est déstabilisante. Notre monde capitaliste et matérialiste nous a habitués à vouloir posséder et dominer. Mais Outer Wilds est différent. Les Atriens semblent peu développés en apparence (maisons en bois, technologie rudimentaire), mais ils ont le développement nécessaire pour explorer leur monde, puis le système solaire. C’est comme si Outer Wilds nous disait que le développement se fait en harmonie avec l’univers, en se laissant vivre au milieu de lui.

Le village d’Atrebois est encerclé par des montagnes et des arbres, mais on ne détruit pas tout l’écosystème pour atteindre des buts capitalistes. Au contraire, le village est une source de savoir : la tour de lancement est un arbre dans lequel on a fait une exposition sur le programme spatial. Comme si chaque chose que l’on abîme dans la nature était là pour nous apprendre quelque chose. La nature détruite est compensée : les Atriens plantent des arbres (par nécessité sur les autres planètes notamment), mais en détruisent aussi pour vivre, laissant une sorte d’équilibre.

Certains pourraient donc penser qu’ils cherchent une vérité impossible, ou qu’ils ne cherchent pas vraiment de vérité. C’est une erreur, mais c’est aussi celle qui a été faite par d’autres. L’Œil de l’univers est peut-être la vérité qu’il ne faut pas découvrir. D’une certaine manière, l’Œil n’existe pas tant qu’on ne le voit pas, et les conséquences de cet Œil peuvent être une réalité que l’on rejette. C’est ce qu’ont fait les habitants de l’Étranger.

On peut se dire que si les habitants de l’Étranger ne sont pas allés vers l’Œil, c’est parce que ce n’était pas le moment. On prend alors la piste du destin. Mais on peut aussi adopter notre thèse de la vie avec la nature. Les habitants de l’Étranger sont un peu comme les Atriens, sauf qu’ils ont décidé de détruire volontairement tout leur écosystème (non pas par but capitaliste, cela dit). Les raisons peuvent être multiples : besoin de ressources, envie d’emmener leur monde avec eux, impossibilité de rester en vie…

Nous, joueurs, faisons aussi ce chemin vers l’Œil, mais sans emporter autre chose que du savoir. Nous perdons également notre monde, nous devons sacrifier le système solaire, mais nous n’emportons rien. Et ne rien emporter, c’est faire preuve de modestie et de maîtrise de la peur du manque. Comme les habitants de l’Étranger ne se sont pas débarrassés de cette peur, ils ont condamné l’Œil pour que personne ne puisse les détruire avec, puis ils ont créé la simulation. Ils sont entrés dans un déni où ils se disaient que rien ne pourrait leur arriver. Pour récupérer la possession de leur planète perdue, ils se sont laissés mourir et ont abandonné l’idée de progresser.

Nous sommes dans un état d’esprit opposé. Quand on fait le DLC, on a généralement compris que l’univers est condamné, et on ne visite pas l’Étranger pour se sauver. On y va par curiosité, en sachant que cela va s’arrêter. La musique de la rivière est là pour nous le rappeler. On entend la musique changer quand on arrive au bout, car on sait que c’est là que nous allons, mais qu’avant, il faut découvrir le reste, qu’on a un chemin évolutif à parcourir. Qu’on doit mettre notre foi à l’épreuve et la faire grandir.

La foi et la connaissance

La foi est un concept étrange. Dans le DLC, elle est mise à l’épreuve par le symbole du coffre. Les habitants de l’Étranger savent tout ce qu’il y a dans le coffre. Ils en ont peur, ils le cachent. On pense que c’est une boîte de Pandore qui ne se refermera pas une fois ouverte (et c’est vrai). Pourtant, notre foi nous fait croire en la vérité : nous voulons démanteler le mensonge pour savoir ce qui est vrai.

Mais c’est aussi là que la foi prend une dimension particulière. La foi religieuse, habituellement, est un concept que je n’aime pas vraiment. Croire aveuglement en quelque chose de plus grand est souvent difficile à remettre en question, car elle ne repose sur rien. Outer Wilds semble nous proposer une alternative : une foi éclairée, basée sur les faits. On ne doit pas avoir foi en l’Œil de l’univers parce que quelqu’un nous l’ordonne, mais parce que nous avons les théories scientifiques des Nomaïs, la lune quantique, les cailloux cantiques…

Dans un système de foi religieuse, on pourrait se dire qu’il faut trouver l’Œil de l’univers, car c’est une forme de Dieu qui sauvera le monde. Pourtant, il faut faire abstraction de tous les autres indices. Dans cette foi éclairée, on comprend que c’est impossible : on récupère des indices qui nous le confirment, et on se tourne vers l’Œil, non pas comme un dieu qu’on implore, mais comme une conclusion. L’univers est ce qu’il est, et il faut croire en lui.

La création et l’univers

L’univers d’Outer Wilds est un point particulier. Alex Beachum a créé en 2012 une suite de concepts, dont les planètes telles que nous les connaissons. Entre 2012 et 2019, lui et son équipe ont créé le reste. D’une certaine manière, on peut voir dans cette construction une métaphore de notre existence : d’abord, on a créé l’univers, avec ses lois et ses règles immuables. Une fois l’univers bien fait (et avec un certain charme), on l’a poli et rempli d’histoires. C’est un peu comme notre monde : après le Big Bang, on a rempli l’univers de planètes, puis de vie, et enfin d’histoires.

Cette genèse est aussi le thème final d’Outer Wilds, puisque l’Œil crée un nouvel univers, et qu’on voit plus tard les créatures y apparaître.

Si l’Œil a créé un nouvel univers, pourrait-il être Dieu ? Un jour, j’ai vu quelqu’un jouer à Outer Wilds et conclure son gameplay par : « Mais du coup, est-ce que l’Œil de l’univers, c’est Dieu ? » J’avoue que j’ai ri de cette affirmation au début, mais il y a un fond intéressant. L’affirmation fait sourire, car à nos yeux, un Dieu est un être supérieur conscient. Le jeu pose à un certain moment la question : « L’Œil est-il conscient ? » C’est une question philosophique fascinante.

Sur un point de vue matérialiste, l’univers n’a pas de conscience, mais nous non plus. Sur un point de vue idéaliste, l’univers est un esprit, et toute la matière en fait partie. Finalement, on en revient à se demander si Dieu doit vraiment être conscient. Dans les religions abrahamiques, Dieu est un être tout-puissant, bienveillant et omniscient. Dans le bouddhisme, la notion de Dieu tout-puissant n’existe pas. On ne sait donc pas vraiment classer l’Œil en termes de divinité.

Peut-être que l’Œil est simplement un moteur de l’univers, comme un démarreur de voiture. À ce moment-là, on pourrait se demander si Dieu l’a laissé là pour démarrer l’univers suivant. Mais comme Dieu ne démarre pas l’univers suivant, est-ce que Dieu n’est pas l’Atrien qui entre dans l’Œil ? Techniquement, sans une personne consciente pour voir l’Œil, le nouvel univers ne peut pas exister. Est-ce que cela nous place en divinité ? Est-ce que le rôle de Dieu n’est pas, en réalité, de guider l’univers vers sa mort pour aider à créer un nouvel univers ?

Ce paragraphe pose beaucoup de questions, et c’est difficile d’y répondre. Si on adopte la position où Dieu n’est rien de tout ce qui fait l’Œil de l’univers, on peut alors se poser un dilemme : « Si Dieu n’existe pas, n’est-ce pas notre rôle de le créer ? » C’est ce qu’ont fait les religions, et d’une certaine manière, les Nomaïs. Pourtant, les Nomaïs avaient toujours à cœur de ne pas inventer de mythes pour combler ce qu’ils ne savaient pas, là où les religions ne s’en sont pas privées. C’est aussi pour cette raison que les Nomaïs n’avaient pas peur de l’Œil de l’univers. Quand on invente des histoires pour justifier un Dieu, on est ensuite forcé de laisser les autres les interpréter, ce qui ouvre des possibilités infinies, et peut faire peur.

Les écrits de Solanum nous le racontent : petite, elle avait peur, mais en grandissant, en apprenant tous les faits sur l’Œil, elle a commencé à ne plus avoir peur. Le savoir a réduit la crainte, et la transmission du savoir réduit l’incertitude.

La transmission du savoir

Il y a un côté symbolique dans la transmission dans Outer Wilds. L’Œil de l’univers est un seul œil. Les habitants de l’Étranger en ont deux. Les Nomaïs en ont trois, et les Atriens en ont quatre. C’est comme si chaque génération (au sens de succession d’espèces) transmettait à la suivante sa vision, ses yeux, son savoir, pour que celle-ci puisse développer une nouvelle perception. Cela rappelle une forme de renaissance bouddhiste, où l’on naît de l’héritage que nous laissent nos parents et du patrimoine mental que nous nous construisons.

Chaque Œil représenterait alors un héritage d’ancêtres, plus celui que nous créons par notre existence. Ainsi, la foi n’est jamais infondée, car elle s’appuie toujours sur un héritage complexe de connaissances. Cela nous permet d’avoir une foi solide dans les faits, et surtout de pouvoir comprendre sans être scientifique.

Dans Outer Wilds, on ne crée rien : on ne forge pas de trou noir, on ne fait pas de rayon qui supprime le signal de l’Œil (et on ne sait pas faire tout cela). Pourtant, grâce à notre savoir, on atteint un but plus grand. Nos ancêtres ont été experts pour nous, afin que nous puissions aujourd’hui viser plus haut. Cette transmission du savoir, c’est la progression qui permet de comprendre la réalité.

La réalité et sa perception

La réalité est un concept qui n’est peut-être pas si évident. Dans 1984 de George Orwell, deux perceptions s’entrechoquent : d’un côté, le personnage principal émet une thèse selon laquelle la réalité est ce qu’il perçoit par ses sens, avec un côté existentialiste ; de l’autre, le Parti lui explique que la réalité est subjective, qu’elle n’existe pas, et que tout est possible si le Parti décide que cela appartient au réel.

Bien sûr, 1984 pousse l’idée du réel à l’extrême, mais il y a un côté pertinent dans la description de la réalité. Dans un sens, il est vrai que la réalité de l’Œil n’existe pas sans observateur. Tout le principe de la mécanique quantique du jeu, c’est que tant qu’aucun individu conscient ne voit l’objet, il existe dans tous les états en même temps. L’Œil peut donc être dans n’importe quel état, et la manière dont on l’imagine peut être exacte. À partir du moment où on l’observe, on le fige dans un état et on contraint la réalité à se formater autour de cette perception.

Le bouddhisme dit que nos expériences subjectives créent notre monde, et ce n’est pas tout à fait faux. Si on expérimente le monde par nos sens, on interprétera notre réalité ainsi. Dans un sens, peu importe qu’il existe un monde « réel » ou non, puisque notre perception est la seule qui nous importe. C’est assez paradoxal, et c’est aussi ce qui donne sa force à l’Œil de l’univers.

L’Œil n’existe pas avant que nous y entrions, car personne n’y est jamais allé. Ce que nous y percevons est un univers qui reflète notre perception. À la fin du jeu, quand naît le nouvel univers, celui-ci est rempli de probabilités infinies, mais c’est aussi le reflet de la réalité du personnage. L’Œil nous apprend que l’univers peut être infini, et ce que nous souhaitons qu’il soit, si nous osons l’imaginer et si nous dépassons nos sens pour le faire évoluer.

Le deuil et la fin

Savoir, comprendre, devenir Dieu et modeler la réalité sont, d’une certaine façon, possibles. Outer Wilds nous l’enseigne par un long chemin : une boucle temporelle où l’on souffre, où l’on s’amuse et où l’on apprend. Le jeu est fort, car pendant toute sa durée, on grandit et on expérimente toutes les émotions qui font de nous une personne. Tout aboutit au dernier voyage, le plus terrifiant.

Pendant ce voyage, une peur monte en nous. On va vers l’Œil de l’univers, on ne sait pas où on va, le chemin est dangereux, et l’incertitude est grande. Pour nous consolider, la musique remixe « End Times » pour nous faire comprendre que c’est la fin pour l’univers, mais que c’est différent cette fois. On sait qu’on a raison, alors on met notre foi éclairée à l’épreuve. Et on voit l’univers disparaître au loin, mais on est récompensé par cette fin poétique. On découvre que l’incertitude, c’est aussi plein de possibilités. D’une certaine façon, nous atteignons notre but : découvrir la vérité et le message de la vie.

Avant d’aborder ce passage, je dois faire une digression. Tous ceux qui parlent d’Outer Wilds évoquent généralement le deuil, sous une forme ou une autre. Quand j’ai joué en mars 2023, j’étais dans une période lourde. Je portais le deuil d’événements malheureux survenus en 2022, et au moment où j’ai commencé à jouer, cela faisait un mois que le début de la fin avait commencé pour un homme que je connaissais. Un homme que j’estimais, qui m’avait aidé consciemment et inconsciemment, sortait de soins palliatifs, comme tous les patients.

Quand cet homme est mort, j’ai été troublé. Ce n’était pas sa mort physique ou son enterrement qui m’ont troublé (bien que ce ne fut pas simple). J’ai une relation particulière à la mort : je ne la crains pas. Je ne me prétends pas expert des enterrements, mais j’en ai vu au moins sept à ce jour, et le festival a commencé vers mes douze ans, je crois. Pourtant, quand cet homme est mort, c’était un deuil différent, car il représentait des choses difficiles à expliquer. Le genre de relation qui reste comme un goût en bouche et qui revient parfois.

Dans le deuil, la religion adore s’engouffrer. Les gens sont vulnérables, et je l’avoue honteusement : dans un moment de vulnérabilité, il m’est arrivé de commencer à croire des absurdités. La perspective que nous soyons mortels nous terrifie, et chaque mort que nous voyons nous le rappelle. Outer Wilds nous dit que ce n’est pas tout à fait faux, car notre savoir survit en étant transmis, et certains y voient une modeste vie après la mort. Pourtant, la religion prend cela sous la forme d’un échappatoire à la mort, promettant une éternité heureuse. Cette explication ne me convient pas, car je dois faire le deuil de choses qui ne sont pas des vies humaines.

Outer Wilds va plus loin. La vie ne semble pas avoir de sens. Tout semble vain et voué à disparaître. Mais le jeu arrive et nous dit que ce n’est pas tout à fait exact. Tout ce qui doit commencer doit mourir, certes. Mais il ne faut pas le craindre, il faut le célébrer, car la fin de chaque chose est le début d’une autre. La fin d’une civilisation est le début de la suivante. Et la fin de la boucle est le début de la prochaine. Et enfin, la fin de l’univers est le début du suivant.

Outer Wilds nous conduit vers cette fin, c’est inévitable, nous y allons tous, et nous n’avons pas le choix, car c’est ainsi que fonctionnent les choses. Ce qui naît doit mourir, et c’est très beau. Le jeu nous le raconte avec une justesse indescriptible. On vit la mort de la pire des manières : la nôtre, celle des Nomaïs, des habitants de l’Étranger, de nos semblables, du système solaire, et enfin de l’univers. Cette perspective devrait nous terrifier (et elle le fait), mais Outer Wilds la rend si belle. La musique a un côté familier, puis elle devient nostalgique, et quand, autour du feu de camp, elle s’arrête, on réalise comme tout a été merveilleux, et comme tout le sera pour le prochain cycle.

Certains pourraient y voir un message de « carpe diem ». Je crois au contraire que tout doit s’arrêter à un moment, et que cela doit être le début d’autres choses. Quand cet homme est mort, j’ai su que je devais continuer et fréquenter d’autres personnes pour lancer de nouveaux cycles. Outer Wilds donne un but dans le chaos. La vie n’a aucun sens, et le but dans Outer Wilds a toujours été d’en finir. Elle a valu le coup, car elle a été belle, sans douleur comme dans sa joie. Il ne faut pas avoir peur, car nous connaissons ce but à présent. Le but de la vie, c’est d’aller jusqu’au bout, et une fois qu’elle aura été longue et belle, la terminer pour qu’une autre nous remplace.

Une religion ?

Pour finir, après tout cela, on en vient à une question : « Est-ce que tout ceci n’est finalement pas une religion ? » Il faut dire qu’Outer Wilds est construit un peu comme un livre saint : des histoires qui peuvent être des paraboles ou des métaphores, des leçons de vie, des témoignages et une forme de message d’amour.

Et bien, j’aimerais répondre que c’est peut-être une des meilleures formes de religion. À travers ma réflexion, un jeu vidéo a réussi à m’enseigner beaucoup de choses. J’ai observé les voyageurs pour faire l’introspection de moi-même. J’ai vu les besoins modestes qu’il faut pour voir la beauté de l’existence. Je me suis rendu compte qu’on pouvait croire au savoir, et que la foi n’a pas à être aveugle : il faut seulement de la curiosité et du courage. J’ai compris qu’il faut peut-être que nous fabriquions Dieu et notre réalité. Il ne tient qu’à l’homme de découvrir tout ce qui compose la beauté de l’univers. Enfin, j’ai découvert la beauté du deuil et de la fin.

Outer Wilds est sans doute le plus beau jeu de tous les temps. Nous ne pouvons tous le vivre qu’une fois, car son enseignement ne peut disparaître. On veut le partager comme une bonne nouvelle et revivre ses émotions. Moi-même, j’y participe : j’ai fait jouer une dizaine de personnes, et je garde une tier list des gameplays que j’ai vus. Il n’y aura sans doute jamais un jeu comme Outer Wilds, et c’est très bien ainsi. Il ne reste donc qu’à continuer sans avoir peur, apprendre, et surtout enseigner aux autres les beautés d’Outer Wilds.

Outer wilds

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Dernière mise à jour :13 mai 2026

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