On ne sait pas toujours quand on part en guerre. On s'en rend compte seulement quand le conflit est à nos portes. Je ne sais pas si cette aventure était écrite. Mais je pense que celle-ci m'a métamorphosé. Je ne l'attendais pas et elle est arrivée. Me suis-je métamorphosé en guerrier sanguinaire ? Pourquoi avoir brisé la paix sur ce territoire ? Les questions qui font la nature de l'homme et dont je n'ai pas les réponses.
C'était une nuit sombre d'été. Le soleil brûlait tout et la sueur coulait de tous les fronts. À cette heure-ci de la nuit, l'activité était normale pour cette heure, tout le monde respirait en voyant l'air se rafraîchir. Personnellement, je voyais qu'il était déjà tard dans la nuit et je partais en quête d'eau fraîche pour me rafraîchir avant de rentrer dans ma phase de sommeil. Je me rendais donc à la source d'eau pour remplir ma bouteille et je me désaltérais au passage. Pendant que je buvais, j'entendais un petit bruit et je l'aperçus du coin de l'œil.
Je sursaute et je sens mon cœur s'accélérer. Il était là, dressé face à moi. Nous attendions chacun un mouvement de l'autre. Il est sur mon territoire, il ne devrait pas être là. Son regard noir est posé sur moi, il n'attend que le combat. D'un coup, je le vois avancer et je comprends que le combat commence. Je me jette sur ce petit soldat et je me débats. Je suis plus fort et plus grand que lui, mais lui est plus rapide et sournois. Je le vois courir de la droite de la source où je l'ai surpris jusqu'à l'opposé à gauche. Il se saisit d'une arme : une petite pelle et sa petite brosse à main. Il était dans un coin et je le pensais pris au piège. Que nenni, en réalité, il était armé à présent et il utilise cette nouvelle arme contre moi. Je me retrouve démuni. Je n'ai rien contre lui si ce n'est la force de mes mains, je ne sais pas comment le battre. Pendant ce temps, le pleutre arrive à m'échapper en utilisant sa pelle comme bouclier et il fuit dans une petite faille au pied de la source.
Je saute sur la source et je trouve l'entrée de sa cachette. Seulement l'entrée est étroite et je suis un grand homme. J'essaie d'obtenir un peu de lumière. Je sais qu'il est plus habile dans l'obscurité. Mon téléphone portable n'a pas beaucoup de batterie, mais je peux l'utiliser comme lampe. Dans l'obscurité de cette cachette, j'essaie d'avancer. C'est un endroit sale et encombré. Il y a de la poussière, l'humidité me prend à la gorge et je crois même avoir vu des espèces de moisissures. Je saisis alors un manche que je comptais utiliser comme arme. En effet, il était utile puisque le manche fin passait plus facilement dans les petites ouvertures étroites où seul mon bras pouvait passer. J'étais dans cette caverne et je ne le voyais pas. Il était pourtant si près de moi.
Soudainement, un bruit sourd venant de ma droite gronde. Un grognement, peut-être même un rugissement proche. La panique s'était emparée de moi. Quelle était cette bête ? Finalement, c'est probablement moi qui étais dans sa tanière. Certainement que je suis même déjà dans le ventre de cette créature. Le grognement était fort et ressemblait à une grande inspiration puis à un cri grave. Alors que je tentais de me rassurer, ma lumière fait apparaître une ombre étrange sur le sol et elle s'éteint. Je suis dans le noir, la bête gronde, elle est probablement proche. Je ne sais pas ce que j'ai vu, j'ai peur. Mon sang est glacé. Je fuis la grotte comme je peux et m'en écarte pour reprendre mes esprits. Je suis assis sur le sol, et je me demande ce qu'il vient de m'arriver. Je reprends mes esprits.
« Voilà que j'ai peur de mon ombre maintenant ? Il est si petit, il ne pourrait pas faire ce bruit. »
Je comprenais que le grognement n'était que l'écho d'une machine qui utilise l'eau de la source pour faire tourner ses pales. Je rigole nerveusement, il avait gagné cette bataille. Je l'entendais marcher dans son antre, il était sous mes pieds. Il était trop loin pour que je l'atteigne et il le savait. Il me nargue et j'essaie de le voir par les petites fissures. Dans la frustration de cette bataille perdue, je frappe tout ce que je trouve avec mon manche qui me sert d'arme. Il m'a fait paniquer dans la grotte, j'espère lui faire peur pour qu'il sorte. En vain, je me bats contre le vide comme un Don Quichotte.
Je m'assois et reprends mes esprits. Il a gagné, je dois m'y résoudre. Je reste un instant là, dans le noir, à attendre, au cas où il sortirait de sa tanière. J'entends alors une voix amicale venir de derrière moi :
Au petit matin, le plan était en marche. Mon portable était enfin rechargé et j'ai pu envoyer mon SOS. La réponse glaçait le sang :
« Nous ne pouvons rien faire, ils sont partout. Ils sont chez nous. »
Nous étions seuls à présent. Pendant qu'elle allait faire la première ligne de défense, je me préparais. Mon plan était établi et je me rendais à la source. Je m'installais assis en face de la grotte. Il était sûrement toujours là, alors je lui donne mon avertissement :
« Je sais que tu es toujours là. Tu as encore une dernière chance. Le dernier des tiens qui est venu, je dois avouer que je ne l'ai pas bien vu. On est venu me rapporter qu'il était sur notre territoire et j'ai monté des pièges directement chez moi. Il est tombé dans un d'entre eux et il n'a survécu que par ma pitié. Maintenant, tu as le choix. Tu peux sortir maintenant et aucun mal ne sera fait. Tu peux également attendre que je parte pour t'en aller. Mais quand je reviendrai, si tu es encore là, ça sera fini pour toi. On dit que quand l'un comme toi est là, d'autres ne sont pas loin, alors je vous laisse une minute avant de partir et je m'assurerai que vous ne reveniez pas. »
Les règles du jeu étaient fixées. La minute d'après, mon sac était prêt et je partais loin de chez moi. J'avais établi mon plan mais je n'étais sûr de rien. Ce que je cherche n'est pas très commun et mon téléphone portable ne m'a dit si c'est vraiment ce que je cherche que je vais trouver. Je connaissais bien la boutique mais je dois dire que je ne m'étais jamais vraiment attardé sur le rayon. Pourtant, une fois arrivé, ce que j'ai vu était au niveau de mes espérances. Je remplis mon sac de tous les produits et matériaux nécessaires et je pars. Cette fois-ci, tout est différent. À mon retour, je m'équipe d'une armure : une protection légère au cas où ne peut qu'être pratique. Et me revoilà pour la seconde manche.
Si la première étape de mon plan était de me fournir les matériaux, alors la deuxième est de les utiliser. Le premier coup était un avertissement : une sorte de répulsif qui devait dissuader de vouloir m'attaquer. L'entrée de la grotte n'est plus la même. J'ai détruit les poussières, l'humidité et les autres immondices. Je savais que le reste de la source avait été protégé en mon absence alors je ne risquais rien. L'entrée de la grotte était grande ouverte et on aurait pu manger dessus. Je m'assurais qu'aucune forme de nourriture n'était à proximité en détruisant et en amenant loin tout ce qui aurait pu avoir des nutriments. À ce moment-là, je remplace le tout par ma dissuasion. Personne d'autre ne viendra dans cette grotte. L'étape suivante, c'est les pièges et le gaz. Par les interstices, les failles, les entrées et les trous, je diffuse mon élixir de la mort. Les émissions me donnaient presque des maux de tête mais je ne pouvais pas m'arrêter avant d'en avoir fini. La dernière étape était de trouver par où ils étaient venus pour condamner l'issue. Je m'y mets peu de temps à trouver. Nous nous pensions protégés mais nous n'avions pas envisagé la grille manquante dans une évacuation d'eau. Je pense qu'il a dû venir par celle-ci. Alors une fois de plus, je diffuse mon gaz et je remets en place la nouvelle fermeture pour m'assurer que l'événement ne se reproduirait pas. Ma tâche accomplie, je me débarrasse de l'armure probablement irradiée et je me lave pour ne pas prendre le risque de me contaminer avec des résidus qui pénétreraient ma peau. La journée se finissait, j'étais encore en train de sécher et je regardais mon œuvre. J'avais métamorphosé la grotte et je cherchais du regard si je voyais un fugitif ou un mourant sortir de celle-ci. Par acquis de conscience, je me couchais en barricadant la porte.
Le réveil du jour suivant ne fut pas plaisant. Un groupe des forces de l'ordre faisait énormément de bruit. Je n'arrivais pas à comprendre ce qu'ils disaient et je ne pense pas qu'ils étaient là pour moi ou mon combat. La nuit avait été courte et je me retrouvais levé tôt, avec ce groupe qui retournait les alentours. Mais je n'avais qu'une obsession et c'était de savoir si mon plan avait marché. J'arrivais à la source mais rien d'inhabituel. La fatigue me faisait parfois le voir mais ce n'était que mes yeux qui jouaient des tours. Je passais ma journée en planque et parfois je cherchais une trace de l'intrus moribond. Je ne voyais rien. Peut-être qu'il a enfin pris la fuite ou peut-être qu'il est mort au fond de sa grotte. Aucun moyen de savoir la vérité alors j'ai supposé que c'était fini et après une journée à faire le guet, je décide que c'est fini et que je peux rentrer me reposer. Par acquis de conscience que certains appelleraient de la paranoïa, je barricade bien ma porte avant de dormir et la journée se termine sans incident.
Le jour suivant, je ne pensais plus vraiment à notre intrus. Je me disais un peu naïvement que c'était une affaire finie et je ne voyais plus l'intérêt de revenir dessus. Mais l'histoire n'est qu'un éternel recommencement. C'était une nouvelle journée chaude d'été et à la nuit tombée j'étais en route vers la source avec ma bouteille pour me désaltérer. Je remplissais ma gourde quand j'entends soudainement un petit bruit au-dessus de moi. Je relève les yeux et je le vois perché là-haut sur sa proéminence qui lui sert de point d'observation. Nos regards se croisent. Je pensais en avoir fini mais non, il est toujours là. Comme sa grotte est devenue dangereuse, il s'est dit que le contrebas est trop dangereux. En revanche, pour les hauteurs, il n'a rien à craindre. Je cours et me saisis de mon gaz restant et je commence l'escalade du versant. Une fois à la bonne hauteur, je dégaine mon gaz et je le déverse pour le forcer à descendre. Je l'entends courir et grogner. Je retourne en bas du versant et je l'attends. Je sens le gaz descendre, il viendra avec. Je ne me trompais pas.
Je le vois soudain arriver par la droite. Je n'attends pas et je lui saute dessus. À ce moment, il m'attaque avec du sel et essaie de m'aveugler. Je ne me laisse pas faire et je continue. Il cherche l'entrée vers sa grotte mais je l'ai condamnée. Il trouve une nouvelle fente plus en hauteur que je n'avais pas vue avant et y escalade. À ce moment, je crois avoir fini le combat. J'ai revu la situation du premier jour, je me rappelais qu'il pouvait se cacher longtemps. J'allais devoir recommencer avec une nouvelle grotte. J'avais à nouveau perdu. D'un coup, il trébuche et glisse, le voilà qui dévale en dehors de sa faille et il tombe devant moi. Même sonné, il est rapide et il commence à s'enfuir. Mais il ne voit pas que je me suis saisi d'une cage et je lui jette dessus, l'enfermant ainsi à l'intérieur.
« Je t'ai eu, j'ai gagné », lui dis-je.
En m'approchant de cette cage, je le vois comme enragé taper sur tous les murs. Il essaie de passer ses bras répugnants par les trous. Je remarque également son odeur pestilentielle. On m'avait prévenu que leur odeur attirait les autres mais je ne pensais pas qu'elle serait si forte et si nauséabonde. Que faire de cette créature infâme ? Je me disais que je devrais peut-être le tuer. Après tout, je l'avais prévenu, il avait été mis en garde par le dernier, il savait à quoi s'attendre. Je décide de renforcer la cage avec un sac plastique. Je voulais m'assurer qu'il ne s'échappe pas après tous les efforts que j'avais dû donner. Une fois la cage sécurisée, je me saisis de mon portable et j'envoie simplement :
« Je l'ai attrapé. »
J'étais victorieux enfin. Je m'asseyais face à cette cage et je regardais la créature folle. J'étais pensif et fier de moi. Je ne savais pas trop quoi faire de lui et je prenais mon temps. Le tuer pourrait attirer les siens, le libérer c'est lui permettre de revenir, le garder c'est me condamner et l'envoyer à d'autres n'est même pas envisageable. Que faire de lui ? Je ne sais pas. Je décide de le laisser en cage et de prendre mon temps pour y réfléchir. Je déplace la cage à la limite de mon territoire et une fois celle-ci bien sécurisée d'un poids pour l'empêcher d'être soulevée, je me sens enfin soulagé. J'allais me coucher le cœur léger.
Le lendemain, à mon réveil, on me traitait en héros. J'étais libre. Mon âme semblait légère, je n'étais plus prisonnier de la pression de l'épée de Damoclès. Tout le monde semblait satisfait de ma victoire. Pourtant, en enlevant mes défenses qui n'avaient plus de raison d'être, ce que je ferais du prisonnier me préoccupe. Il me semble l'entendre dans sa cage, se débattre et frapper les murs. Mes célébrations, mes espoirs et le jour meilleur naissant sont au programme mais mon esprit est lui aussi dans la cage. Tant qu'il est dans la cage, je ne suis pas victorieux. À tout moment, il pourrait crier si fort pour appeler « à l'aide ». Et si je le tuais, cela pourrait encourager ses ennemis à venir. Mais si je le libère, il fera comme le précédent, il reviendra en se moquant de mon avertissement, il ramènera les autres et leur dira où nous sommes. Mes pièges seraient rendus obsolètes, toute ma stratégie est suspendue à la vie de mon ennemi. La journée avance et je n'ai pas de solution. Je ne suis même pas sûr de si il me comprend quand je lui parle. La journée se termine et je décide d'aller le voir. Peut-être que le voir et que parler avec lui m'aidera à me décider.
Seulement, en arrivant face à la cage, il n'y a plus de bruit. Il s'est peut-être calmé. Une fois la cage ouverte, il était là, sur le sol, sur le dos, immobile, inerte. Peut-être que c'était à cause des pièges, à cause des poisons, à cause du soleil qui avait frappé la cage toute la journée, une fatigue intense due à son séjour prolongé dans les grottes sans nourriture ou peut-être même un problème venant de lui que je ne connais pas. Le fait est que le voir mort me soulage. Je n'ai plus à décider s'il doit vivre ou mourir. Je ne suis plus responsable de lui. Je suis enfin libre. Je me débarrasse alors de lui en jetant le cadavre à l'extérieur du territoire, là où on ne le retrouvera pas et où on ne le reliera pas à moi. Puis pendant que je nettoie la cage, je respire enfin. J'étais un homme nouveau. Cette bataille m'avait métamorphosé. À présent je me réjouis de la mort. La mort m'a délivré de ce maudit cafard.



Commentaires sur l'article
j'ai preferé metamorphosis
@KysNono Je te hais 😋