Bonjour
En août 2025, je vous avais mis en garde dans un article précédent contre les dangers de vouloir faire de la protection des mineurs en échange de notre vie privée. Nous sommes en janvier 2026, et nous y sommes presque. Dans cet article, nous allons parler du projet de loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, voté le 26 janvier 2026 à l’Assemblée nationale. D’abord, nous parlerons de la situation, puis je vous redirai la même chose que dans mon article précédent, mais avec plus de sarcasme et d’agacement. Je vous présente donc mes excuses pour les redites, mais bon, il vaut mieux ça que ne rien pouvoir dire.
De quoi parle ce texte de loi ?
Alors, si vous n’avez pas lu le compte rendu de l’Assemblée nationale, de quoi parle ce texte de loi ? Le projet de loi vise à interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Vous me direz : « Ce n’est pas ce que fait déjà la loi Marcangeli de 2023 ? » Et, on vous répondra que cette fois-ci, c’est pour pouvoir l’appliquer. Dans ce nouveau texte, Laure Miller et le gouvernement nous expliquent donc que cette loi va aider à contrôler l’âge des utilisateurs. Emmanuel Macron, toujours dans les bons coups, a utilisé une procédure accélérée, car cette loi doit s’appliquer pour la rentrée. Nous verrons plus tard pourquoi.
Les arguments avancés
On a la santé mentale des jeunes : risques de cyberharcèlement, exposition à des contenus violents, troubles du sommeil, etc. Yaël Braun-Pivet nous explique d’ailleurs que cette loi, qui protège les mineurs en dessous de 15 ans, est une nécessité, car Camélia s’est suicidée à 17 ans, puisqu'elle était harcelée avec la complicité du CPE de son établissement. Vous me direz qu’il y a un truc qui cloche1, et vous avez raison, mais bon, on ne va pas demander aux macronistes d’être cohérents quand ils instrumentalisent les tragédies. Après de nombreux débats, le texte est voté.
Résultats du vote :
- Nombre de votants : 157
- Suffrages exprimés : 151
- Majorité absolue : 76
- Pour : 130
- Contre : 21
- Abstentions : 6
Vous ne rêvez pas : le texte qui nous enlèvera le droit d’être anonymes en ligne a été voté dans une Assemblée où il y avait 157 députés sur les 577.
..jpg)
Qui sont les 21 opposants ?
Il s’agit des restes du Nouveau Front Populaire : 19 députés de La France insoumise et 2 écologistes. Comme à son habitude, la droite, l’extrême droite et le Parti socialiste2 ont tous voté pour suivre le gouvernement.
Je voudrais faire une mention spéciale à Louis Boyard, car peu de députés ont pris la parole pour s’opposer à la loi. Mention spéciale aussi aux deux députés écologistes qui ont voté contre, et surtout à Julie Ozenne, qui semble s’intéresser à certains sujets comme l’aide sociale à l’enfance et la protection de l’enfance.
Que se passe-t-il dans les pays qui ont déjà appliqué cette mesure ?
Avant de donner plus en détail mon avis sur pourquoi c’est une catastrophe, analysons rapidement comment a évolué la situation dans les pays qui l’ont déjà mise en place. Nous avons la chance que des voisins aient testé cette loi à notre place. Analysons rapidement leur situation.
En Angleterre : le fiasco de l’Online Safety Act
Notre voisin proche, l’Angleterre, a promulgué le fameux Online Safety Act. Ce texte est celui qui a connu les dérives les plus rapides. Wikipédia, YouTube, Spotify et TikTok ont été les premières victimes. Mais, également, grâce aux obligations de fournir les identités pour accéder aux services, le gouvernement a pu créer une équipe d’intervention spéciale dédiée à retrouver les opposants qui osent s’exprimer en ligne. De plus, certains internautes ont remarqué que certaines informations, notamment sur les manifestations et les émeutes, ont eu tendance à disparaître chez les utilisateurs.
Bon, l’internet anglais est devenu tellement inutilisable qu’on en rigole tous, et que les utilisateurs ont commencé à prendre des VPN. Pour cette raison, le 22 janvier 2026, les Lords ont voté pour bannir l’usage des VPN aux mineurs, et évidemment, la surveillance des utilisateurs majeurs. C’est toujours en cours, mais nos voisins ont de beaux jours devant eux pour la liberté d’expression.
En Australie : un contournement presque comique
En Australie, on a vu le contournement d’âge se faire par des manières presque comiques. Finalement, les gens, et surtout les mineurs, se sont adaptés : ils ont pris des plateformes alternatives. Bon, côté harcèlement en ligne et dépression des enfants, cette réforme n’a pas aidé, voire semble avoir aidé. En effet, les jeunes filles ne trouvent plus les espaces de parole qu’elles avaient. Je ne sais même pas quoi dire de plus : les données des utilisateurs sont vendues à une entreprise israélienne. En gros, les adultes subissent, et les enfants sont plus malins et contournent.
Pourquoi une procédure accélérée ?
Pourquoi Macron veut-il absolument sortir cette loi aussi rapidement ? On ne peut pas savoir ce qu’il a en tête ; cependant, je vais vous partager des pistes de réflexion.:
- Il bénéficie d’une bonne cote de popularité en ce moment. Apparemment, le fait qu’il ne sache pas parler anglais et qu’il porte des lunettes de soleil suffit à en faire un président idolâtré. On rigole avec lui comme avec un bon copain en oubliant tout le reste.
- Les élections de 2027. Grâce à cette loi, Macron flatte au mieux les classes sociales aisées et les catégories d’âge plus élevées, qui sont convaincues que « les jeunes sont trop cons, ils deviennent bêtes en regardant leur téléphone ».
- En 2023, il avait évoqué la possibilité de censurer les réseaux sociaux en cas de crise. Cette loi lui en donnerait les moyens.
- Des rumeurs racontent que la solution de vérification d’âge serait presque opérationnelle. Certains y voient un nouveau cadeau à ses amis riches, d’autres se souviennent de la solution européenne dont j’ai déjà parlé.
Quelles plateformes seront concernées ?
Bon, maintenant, sur quelles plateformes ça va tomber ?
À première vue, on a : TikTok, Instagram, Snapchat, Twitter, Facebook et YouTube. Cependant, ce n’est même pas sûr, ni exhaustif. La loi évoque explicitement TikTok, mais également les plateformes de partage de vidéos. Techniquement, les messageries privées sont exclues, mais comme on partage aussi des vidéos dessus, c’est dur à dire. Normalement, on devrait exclure Wikipédia, les plateformes éducatives, certains outils de développement et les messageries.
Croyez bien que les plateformes ne savent pas non plus. Pire encore, leur rôle dans cette mise en œuvre n’est pas explicité dans l’article.
En conclusion, pour savoir qui va être touché, patientons, car l’Arcom aura un rôle central dans l’identification des plateformes ciblées. Tout ce qu’on peut faire, c’est attendre les décrets à venir en espérant.
L’argument « En Chine, en Corée et au Japon, ça marche »
Un des arguments principaux pour cette loi est de dire : « Ouais, mais en Chine, en Corée et au Japon, ils l’ont fait, et les enfants ont un plus gros QI. » Tout d'abord, je répondrais par une question : avez-vous des preuves solides, une étude ou autre, qui nous indiquent que le QI a un lien avec l’interdiction de la liberté d'expression ? Tout le propos n’a jamais été de dire qu’il fallait laisser les enfants sur internet librement. Au contraire, je suis favorable à ce qu’on surveille de près l’activité en ligne. Seulement, les trois pays en question, ce sont des exemples loin d’être parfaits de démocratie. D’autant plus que, dans ce genre de pays, aucun tiers n'existe de confiance pour contrôler.
Comment cela devrait-il fonctionner ?
Apparemment, on devrait faire appel à un tiers de confiance. Le problème, c’est que personne ne sait qui est ce tiers de confiance, ni comment il va fonctionner.
Cela pourrait être Yoti. Vous vous souvenez sûrement de cette plateforme qui avait créé les pass sanitaires pendant le Covid. Les fameux pass, si sécurisés qu’on avait tous récupéré celui de Macron et qu’on avait trouvé comment en générer de faux.
Bon, ça pourrait être n’importe qui d’autre, car grâce au Digital Safety Act européen, ça peut être n’importe qui dans l’Union européenne. Peut-être que ça sera la solution de l’UE, ou pas3. D’autant plus que l’idée de reconnaissance faciale par IA a été évoquée, ce qui veut dire qu’on pourrait avoir le système australien qui envoie tout en Israël.
Dernière piste : France Identité, la plateforme conçue pour regrouper vos cartes d’identité. Si cette solution est utilisée, il n’y aura alors pas de système de double anonymat, et le gouvernement pourra savoir qui utilise quel réseau, et comment. Ce qui pourrait avoir de gros risques.
Les risques : surveillance, sécurité et dépendance
1. La menace sur les libertés
Pour commencer, vous l’avez compris : on a toute la menace sur le flicage, la surveillance globale, la liberté d’expression et d’information. Bon, ça, c’est très inquiétant, mais certains naïfs pourraient se dire qu’en vrai, la liberté, ce n’est pas important. Le tout facilité par la centralisation des données personnelles de 69 millions de Français, ce qui facilite le recoupage et le fichage.
2. Un problème de sécurité
Cette solution, c’est également un problème de sécurité. Avec ce procédé, on va centraliser les données personnelles de tous les Français4. Il y aurait donc une plateforme à pirater pour voler les identités des 69 millions de Français. Bon, si on regarde, 27 bases de données françaises ont été compromises la semaine dernière, dont :
- Le Cnam
- Sciences Po
- L’URSSAF
- France Éducation nationale
- De multiples fédérations de sport, avec un record de 7 Go de cartes d’identité pour celle de volley
- DCE Conseil, avec 844 Go de données sur les prisons et les bases militaires françaises
Si vous préférez les faits divers, récemment, un homme a utilisé le logiciel du FISC de Bobigny pour avoir des infos qu’il a vendues à la mafia. À voir à présent si la fuite de nos données viendra d’un piratage ou de l’intérieur.
3. La dépendance des jeunes
Un des points que Louis Boyard a évoqué à l’Assemblée, c’est aussi qu’on a créé la dépendance des jeunes. On l’a construite, et on en était bien content. Louis Boyard a expliqué qu’on a forcé les enfants à aller sur Pronote pour voir leurs devoirs et leurs emplois du temps, et il a raison.
Depuis des années, on explique qu’il faut investir les enfants dans le numérique, et aujourd’hui, on fait marche arrière en expliquant que c’est la faute des réseaux sociaux. Je ne pense pas que ce sont les réseaux sociaux qui ont enlevé les cabines téléphoniques que les collégiens utilisaient pour appeler leurs parents quand ils finissaient les cours, plutôt.
Cela dit, j’entends que les réseaux sociaux ont une part de responsabilité avec les « spaces pour enfants » comme YouTube Kids. Les enfants n’ont rien à faire en ligne. Cependant, quand vous encouragez un enfant à avoir son smartphone et que les plateformes sont faites pour les garder, il ne faut pas s’étonner du résultat. Mais, bon, ce ne sont pas les plateformes qui ont forcé tous les enfants à aller sur Zoom pendant le confinement.
4. La responsabilité des parents
Les vrais responsables de cette situation pour les jeunes restent encore les parents. Je ne sais même pas quoi dire sur eux. Beaucoup disent être satisfaits de cette interdiction. Apparemment, ils n’ont pas assez d’autorité pour s’empêcher d’acheter un smartphone dernier cri à leurs enfants, avec l’abonnement internet qui va bien. Les parents, avec cette loi, avouent simplement qu’ils n’en ont rien à faire de leurs enfants. Ils ne font aucun effort pour réguler l’usage, et même, ils l’incitent. Maintenant que ça a des répercussions, ils sont contents que l’État s’occupe de les remplacer, dans une forme de parentalité assistée.
Les parents sont prêts à vendre leur droit à la vie privée et celui de leurs enfants, car ils sont incapables de poser des limites. Le pire étant qu’avec cette loi, un jeune pourrait avoir une dérogation de ses parents (un « accord préalable expresse » précisant « les conditions et limites de l’accès du mineur au service »). Autrement dit, si un parent met sa carte d’identité, les mineurs pourront librement aller sur les réseaux sociaux.
5. Autres questions
Seulement, ça pose d’autres questions, car il n’y a pas que des parents et des enfants comme acteurs sur les réseaux sociaux. De fait, on peut se demander comment ce dispositif va permettre qu’un jeune n’utilise pas l’appareil d’un adulte, ou qu’il n’utilise pas celui d’un autre, ou même qu’il ne se procure pas une carte d’identité qui a été volée, puis redistribuée sur le darknet ?
Cela pose aussi des questions du côté professionnel. Dans le cadre d’un community manager, par exemple, comment débloquera-t-il le réseau social ? Devra-t-il utiliser sa carte d’identité, car c’est lui qui poste, ou devra-t-il utiliser celle du chef d'entreprise ? Plein de questions dont on ne connaîtra pas les réponses aujourd’hui.
Certains ont aussi évoqué le risque que les plateformes ne modèrent plus le contenu sous prétexte que les enfants n'y ont plus accès. Je ne crois pas a ce risque car les annonceurs risquent de ne pas aimer, mais sur certaines plateformes, on pourrait quand même voir un certain relâchement.
Et maintenant ?
Il a fallu une soirée, quelques heures, pour voter une loi qui touche aux libertés individuelles fondamentales. En quelques heures, la loi est passée, et on a décidé vite fait, bien fait. Les Français sont moins riches que la moyenne européenne, l’hôpital public et l’école sont en difficulté. On a une crise aussi bien du logement que des salaires. On a la guerre à nos portes. Mais bon, la priorité, c’est de censurer, surveiller et fliquer, dans une France où il n’y a plus d’opposition, si ce n’est La France insoumise.
L’urgence, c’est que l’État contrôle l’information à la veille des élections. Nous perdons des libertés que nous ne récupérerons pas. Pour en obtenir, nous avons dû faire une révolution. Pour que les femmes en aient, il a fallu deux guerres. Les libertés que nous perdons aujourd’hui, nous ne les récupérerons pas. C’est une perte durable de liberté, dans l’indifférence la plus totale.
Quelles solutions alternatives ?
Bon, déjà, comme les deepfakes désinforment plus les personnes âgées, on aurait juste pu débrancher internet.
Solution moins radicale : on aurait pu utiliser tout ce que je vous avais donné dans mon article précédent. On a aujourd’hui les outils de contrôle parental, que ce soit sur mobile, console ou PC. Tout ce qu’il faudrait, c’est que les enfants comprennent comment marche internet pour se protéger, et que les parents protègent leurs enfants.
À défaut, on n’a qu’à se remettre à acheter des Nokia 3310, comme j’en avais un quand j’étais jeune. À défaut, on se remettra au mini-tel, nous.
J’avais également évoqué qu’on peut mettre en place des solutions, soit matérielles, comme Aylo (le géant du porno) l’a proposé, soit un système avec double anonymat, où on obtient un token « majeur » ou « mineur » à vie, et qui respecterait la vie privée.
Bien que ce ne soient pas des solutions idéales, si vous souhaitez contrôler, c’est une alternative viable. Pour ma part, je considérais que la loi actuelle était très bien et qu’il fallait juste que les parents prennent leurs responsabilités, mais c’est à vous de voir. On avait des vérifications d’âge fondées sur l’attestation sur l’honneur, qui allaient très bien. On aurait juste eu besoin de prévention auprès des parents.
Un dernier espoir ?
Bon, on a un tout petit espoir que ça ne passe pas, mais je ne veux pas trop vous en donner. C’est probablement perdu d’avance, néanmoins on peut rêver.
On peut se dire que si la loi n’utilise pas le système du Digital Services Act (DSA) fait par l’UE, et que ça ne respecte pas le RGPD, peut-être que la Commission européenne pourrait mettre en place une procédure d’infraction. Ne comptez pas sur cette option : on a vu que l’UE est très favorable à ce contrôle. Cependant, on verra peut-être un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne pour en parler.
On peut espérer que le Sénat modifie ou rejette le texte. C’est un peu le seul frein à la procédure accélérée lancée par Macron. Cela dit, n'espérez pas un blocage. Quand on voit qu’à l’Assemblée, il n’y a pas eu beaucoup d’opposition, ici, ce sera pareil.
La dernière chance sera d’espérer des recours et des mobilisations citoyennes. Avec une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC), les parlementaires ou des citoyens pourraient demander au Conseil constitutionnel de censurer une partie ou toute la loi, sous les prétextes liberticides que je vous ai énoncés.
Derniers recours : administratifs et juridictionnels. Il faut espérer que des personnes attaquent les décrets d’application devant les tribunaux administratifs et le Conseil d’État.
Si rien de tout ça n’aboutit pour stopper la loi, vous connaissez la suite : manifestations ou pétitions, qui mèneront à vivre avec.
Comment contourner et garder sa vie privée ?
Pour finir, comment pouvez-vous contourner et garder votre vie privée ?
Demandez à vos enfants comment faire. Ils vous expliqueront comment, en se dessinant une barbe au feutre, ça passe.
Sinon, je vous invite à relire mon article sur les VPN et à utiliser Tor. Cependant, je tiens à vous mettre en garde : ce ne sont pas de vraies solutions, car elles ne sont pas durables. Si cette loi passe, les pouvoirs publics vont tout faire pour empêcher le contournement. C’est donc plus une technique de fuyards que nous appliquerons jusqu’à ce que la loi nous rattrape.
Alors, profitez bien : ce sont peut-être nos derniers moments de liberté en ligne.
- Certains se diront que ce qui cloche, c’est que les photos d’elle sur Wikipédia et les photos qu’elle utilise pour sa communication ne se ressemblent pas du tout. ↩︎
- Donc la droite aussi, finalement. ↩︎
- Cette solution combinée à France Identité semble être la piste privilégié a ce jour. ↩︎
- ce qui, en soi, est déjà mauvais, car ça permet le recoupage de données et le fichage. ↩︎



Commentaires sur l'article