
Climloc : le scandale capitaliste derrière la location de climatiseurs
Bonjour,
Cette semaine, je souhaite revenir sur l’entreprise Climloc, qui a fait son petit scandale le mois dernier. En effet, en pleine canicule, une entreprise va se faire connaître. Très rapidement, nous découvrirons que cette entreprise n’est pas bienveillante. Les créateurs ne s’en sont d’ailleurs jamais cachés. Là où certains y voient un scandale moral, d’autres n’y voient que le cynisme du capitalisme. Pour cette raison, il est important de revenir sur un nouvel exemple de ce que notre système a de mieux à nous proposer.
Le début de l’histoire
Notre histoire commence fin juin ou début juillet. Les températures semblent bloquées au-dessus de 40 °C. Une canicule importante qui provoque des comportements inimaginables : on voit se multiplier les émeutes pour acheter des climatiseurs et des ventilateurs. Des climatiseurs portables comme le mien, que j’ai acheté il y a 4 ans chez Lidl et qui, aujourd’hui, a triplé de prix.
Face à cette crise climatique et à cette crise des climatiseurs, deux hommes se présentent au monde. Leur idée ? Proposer des climatiseurs à la location. Les personnes qui ne veulent pas acheter un climatiseur pour l’utiliser une fois dans l’année, ou celles qui n’ont pas pu en acheter, peuvent ainsi s’en procurer un. Sur la plateforme, vous pouvez donc louer un climatiseur que l’on vient vous installer ou vous désinstaller à la fin du contrat.
Le marketing agressif et les promesses
L’entreprise commence son marketing agressif : « Un stock de 2 000 climatiseurs », « Plus d’un million de chiffres d’affaires », « Une expertise reconnue depuis 2 ans ». Les promesses sont nombreuses.
La réalité est toute autre. Victor Nihoul et Weskey Waslelewsky ont 25 ans. Ce sont le genre de néo-entrepreneurs, ceux qui fantasment sur les influenceurs LinkedIn et qui sont mis en avant par la « startup nation ». Et bien sûr, comme tout bon acteur du style, tout sort d’une bonne école de commerce parisienne. Ils n’en sont pas à leur coup d’essai. En effet, ils ont déjà ouvert 8 entreprises auparavant. Certaines fermées, d’autres vendues. Pour un entrepreneur, c’est une « success story » ; pour les amateurs des émissions de Julien Courbet, ce sont des escrocs qui ferment et rouvrent des entreprises dès que ça va mal.
C’est ce que nous confirme une ancienne employée. Elle raconte qu’en décembre 2025, lors d’un banquet pour influenceurs sobrement appelé « Winter Gala », elle a travaillé pendant deux jours. Pour être exact, elle a travaillé deux nuits, de 18 h à 6 h du matin. On lui avait promis une rétribution de 360 €, dont elle n’a jamais vu la couleur. En effet, elle a été traitée comme une « bénévole », une forme d’esclavagisme moderne où les pauvres doivent travailler gratuitement pour la bourgeoisie. Aujourd’hui, malgré leur autre entreprise à succès, ils ne l’ont toujours pas payée.
Un entrepreneuriat controversé
L’un des créateurs de l’entreprise est aussi un grand habitué de l’entrepreneuriat illégal. En effet, dans une vidéo, il se vante d’avoir déjà fait de l’achat-revente de divers produits. On retrouve de la revente de drogue ou de cartes bleues volées sur le darknet. Les faits ne sont pas prescrits, l’enquête est toujours en cours. Mais dans l’esprit de ce jeune entrepreneur, c’est la preuve de sa « success story ». Il n’est parti de rien, il a même dû traîner dans l’illégal. Maintenant, c’est un influenceur reconnu. Le « Loup de Wall Street » de l’école de commerce parisienne est un véritable businessman, dans tous les domaines.
Revenons à notre entreprise d’aujourd’hui. Leur idée est simple en réalité : il suffit d’acheter des climatiseurs portables en ligne pour les proposer à la location. Une fois la location terminée, il suffit de les renvoyer au site en ligne pour se faire rembourser. Au total, cela permet une économie sur le matériel. Les deux entrepreneurs vont d’ailleurs se vanter de cette idée de génie sur leurs réseaux professionnels. Ils ont toutes les raisons de le faire : au mieux, on les voit comme des génies de l’entrepreneuriat ; au pire, cela fera un coup de publicité à leur entreprise.
La technique payante et les problèmes
La technique est payante. En effet, ils sont rapidement contactés par un journaliste de la célèbre chaîne de l’entrepreneuriat, BFM TV. Le journaliste cherche un expert en climatisation pour en parler dans l’émission BFM Business du jour. Les deux créateurs acceptent avec joie. Bien sûr, ils n’y connaissent rien en climatiseurs. Il faut dire qu’en école de commerce, on ne parle pas souvent de compresseurs ou de ventilations. Mais ce n’est pas grave : en 2026, quand on ne sait pas quelque chose, on le demande à ChatGPT. Les 10 minutes avant leur intervention à la télé se résument donc à apprendre les réponses générées par l’IA pour les restituer au journaliste pendant l’interview.
Leur entreprise décolle comme prévu, voire mieux que prévu. Seulement, avec l’attention qu’ils reçoivent, ils se méfient des impôts. En effet, dans leur storytelling, le projet est censé exister depuis au moins un an. Or, l’entreprise n’a jamais été déclarée. C’est en juin 2026 que l’entreprise est enfin déclarée, ce qui tombe au bon moment. Depuis un an, pas d’Urssaf, pas de TVA, pas de bilans. Également, grâce à cette déclaration, ils peuvent se faire rembourser les climatiseurs qu’ils ont payés de leur poche en tant « qu’actes accomplis pour le compte de la société avant la signature des statuts ». En résumé, grâce à cette déclaration, ils peuvent se rembourser eux-mêmes sans payer de frais supplémentaires, même si cela prouve que l’entreprise avait bien une activité commerciale non déclarée.
Mais c’est aussi là qu’un problème va se poser. Jusqu’à maintenant, il n’y avait aucun mal à commander en ligne pour renvoyer les climatiseurs sous 30 jours afin d’obtenir le remboursement. En tant qu’entreprise, les enseignes en ligne sont un peu plus regardantes. De plus, comme les créateurs ont fait leur publicité sur cette technique, ils s’attendent à ce que l’on contacte Cdiscount et Amazon pour leur demander si c’est bien vrai.
Une entreprise qui participe à la pénurie
La stratégie de contournement est diabolique : désormais, sur le compte Cdiscount de l’entreprise, ils restent dans les clous. En revanche, ils continuent la stratégie de vente et de remboursement dans les enseignes physiques d’Île-de-France. On retrouve donc des factures chez Boulanger, Castorama ou Leroy Merlin pour des climatiseurs.
Sans s’en rendre compte, Climloc va être une entreprise qui participe à la pénurie. C’est assez ironique pour une entreprise qui veut essayer de combler un manque du marché. Les climatiseurs achetés par l’entreprise ne sont plus disponibles pour les autres. Au mieux, ils sont stockés dans un entrepôt en attendant. Au pire, ils sont restitués à l’enseigne, qui ne les remet pas à la vente directement, car ils doivent être reconditionnés par le fabricant. De fait, Climloc est plus expert dans l’entreposage de climatiseurs portables.
Seulement, cette pénurie est aussi une bonne nouvelle pour l’entreprise. Un climatiseur acheté 300 € est désormais rare. Alors, Climloc peut augmenter les prix. On se retrouve donc avec un contrat à 750 € pour une location (et 95 € d’installation). Autrement dit, l’appareil est non seulement amorti, mais il a aussi fait une marge plus élevée que le prix d’achat. Et les clients sont évidemment présents, car personne n’oserait priver des personnes âgées d’air frais, sous peine de les voir mourir (littéralement) de chaud.
Le compte Twitter et les avis suspects
Quelque temps plus tard, un compte Twitter « Climloc » va faire son arrivée sur la scène. D’après le compte « Climloc_France », le premier compte serait un faux, créé pour faire de la mauvaise publicité à la marque. Mais, connaissant l’entreprise, nous savons aussi que pour eux, un buzz, bon ou mauvais, reste un succès. La preuve : beaucoup d’internautes fustigent leur marketing agressif, leurs messages racistes et leur irrespect à n’en plus savoir où donner. Le compte est suspendu, il est à présent impossible de savoir s’il était authentique ou non.
Côté business, l’entreprise semble s’en sortir. L’image de l’entreprise, qui travaille dur pour aider les pauvres gens qui meurent de chaud, marche. Pendant ce temps, les détracteurs ne sont que des jaloux. Pour prouver à quel point ils travaillent dur, ils sortent une série de vidéos sur TikTok. Au début, les vidéos générées par IA font un peu pathétique, tellement elles sont déconnectées de la réalité. Mais, au fil du temps, les vidéos deviennent de plus en plus sombres. On y voit des employés qui livrent des climatiseurs en plein soleil, sous 40 °C, parfois avec des moyens de transport rudimentaires. On croirait voir des livreurs Uber, mais avec des climatiseurs.
Les avis clients et les mentions légales
Au moins, les clients sont contents… En tout cas, en apparence. Rapidement, les internautes se rendent compte que les avis du site paraissent tous faux. Les images semblent volées sur Internet. Le mystère grandit quand on se rend compte de l’énorme fossé entre les avis sur Trustpilot et ceux sur Google. Trustpilot est une plateforme qui vérifie les avis laissés. Contrairement à Google, où il est plus simple de faire supprimer les avis négatifs pour ne laisser que des faux avis, Climloc a une note de 4,3/5 sur Google avec une cinquantaine d’avis. Sur Trustpilot, en revanche, la note est de seulement 1,8 pour une centaine d’avis. On dirait que même les vrais clients ne sont pas satisfaits.
Le dernier clou du cercueil est celui que nous avons attendu depuis le début. L’IA reste un très bon employé pour cette entreprise. En effet, comme le site a été généré par IA, il paraît qu’il y a quelques mentions légales et cases à cocher. Les CGU permettent notamment de se faire rembourser sous 14 jours. D’une certaine façon, c’est gentil de leur part de nous laisser faire des renvois à l’entreprise, comme ils le font eux-mêmes.
Conclusion : le système en action
D’après certains, ces deux hommes sont des parasites du système. Cependant, je ne pense pas que ce soit vrai. Je pense qu’ils sont le système. On voit simplement quelques bourgeois en quête d’un nouveau divertissement. Ils se vendront comme des « entrepreneurs » qui ont « pris des risques ». Quand on regarde bien, ce sont des gens qui n’ont jamais vécu dans le besoin. On a vu plusieurs fois que violer la loi n’est pas un problème pour eux. Ils sont au-dessus de tout ça. Ils sont le système, ils n’ont pas à s’inquiéter. Tout ce qui leur reste à faire, c’est prendre l’argent des personnes qui essaient de survivre à des chaleurs insoutenables, les mêmes chaleurs causées par leur mode de vie de voyages répétés en avion et de produits luxueux.
Le scandale de Climloc, c’est seulement une autre histoire que l’on racontera sur LinkedIn en tant que modèle à suivre.

