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Pourquoi les bébés ne disent-ils pas « dis » quand on leur demande de dire Papa ou Maman ?

Pourquoi les bébés ne disent-ils pas « dis » quand on leur demande de dire Papa ou Maman ?

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Bonjour

Si vous avez déjà vu un bébé ou que vous avez déjà passé du temps sur Twitter, vous vous êtes sûrement déjà posé cette question : quand on dit à un bébé « Dis papa » ou « Dis maman », pourquoi le bébé ne dit-il pas « dis » ?
Cette bonne question devient finalement ridicule au bout de deux minutes de réflexion. Cependant, puisque nous y sommes, nous allons essayer d’y répondre.

Le cycle de progression dans l’apprentissage du langage

Pour commencer, il faut comprendre le cycle de progression dans l’apprentissage du langage. Une étude célèbre de Jusczyk et Aslin (1995) nous l’explique :

De 0 à 12 mois : le bébé est dans la période prélinguistique.

  • Il réagit aux sons, surtout aux voix humaines.
  • Il produit des pleurs, des gazouillis (comme « areuh ») et des sons de confort.
  • Autour de 5 mois, il commence à babiller (répétition de syllabes comme « ba-ba », « da-da »). Ces sons n’ont pas encore de sens, mais préparent l’articulation.
  • Vers 8 mois, le babillage devient plus varié et complexe. Le bébé comprend le ton de la voix (joie, colère) et reconnaît son nom.
  • Enfin, vers 10 mois, il comprend des mots simples comme « non », « au revoir », ou le nom d’objets familiers (ex. : « biberon »). Mais essentiellement, il peut dire 1 ou 2 mots avec intention (ex. : « maman », « papa »), souvent en imitant.

Autour de 13 mois : le bébé acquiert ses premiers mots et combinaisons.

  • Il a un vocabulaire de 10 à 20 mots et comprend les ordres simples.
  • À 20 mois, son vocabulaire passe à 50 mots ou plus. Il commence à combiner 2 mots (« veux lait », « papa parti »). Il utilise des mots dans un ordre basique (sujet + verbe ou verbe + objet).

De 2 à 3 ans : l’enfant apprend les phrases correctes et la syntaxe.

  • À 2 ans, son vocabulaire compte 200 à 300 mots.
  • À 3 ans, il atteint 800 à 1000 mots.
  • Il comprend des consignes plus complexes (« Mets la balle dans la boîte »).
  • Il fait des phrases de 4 à 5 mots, avec une syntaxe plus correcte (« Je veux boire de l’eau »).
  • Et surtout, il pose des questions (« Pourquoi ? », « C’est quoi ça ? »).
  • À 4 ans, il est capable de faire des phrases complexes.
  • À 5 ans, l’enfant tient une conversation basique, et à mes yeux, il sait parler.

Ce qui nous intéresse aujourd’hui : la première année de vie du bébé

Dès la naissance, les bébés distinguent les sons de la langue maternelle. Pour cette raison, les bébés ne font pas les mêmes babillages selon leur nationalité.
Le langage oral est un flux continu. Pour un bébé, il doit donc apprendre à découper ce flux en une suite de mots. Par exemple : le bébé entend « jemangeunepomme » et doit apprendre à le découper en « je mange une pomme ».
De même, pour notre question, « Dis papa » peut être perçu comme une seule séquence sonore : /di.pa.pa/.

Pourquoi le bébé ne dit-il pas « dis » ?

1. La compréhension précède la parole

Si vous vous souvenez, dans nos explications précédentes, nous avons vu que la compréhension débute à 8 mois. À 10 mois, on peut considérer que le bébé a développé une compréhension suffisamment avancée pour comprendre des mots simples.
De fait, vers 10 mois, il comprend que dans « Dis papa », il y a un mot d’indication (peu important) et un nom (« papa »). Le bébé comprend donc l’élément important de la phrase.

2. L’accentuation

Quand un adulte parle à un bébé, il accentue intuitivement certains mots. Par exemple, l’adulte qui dit « Dis papa » va insister sur le deuxième mot. En général, on entend les parents dire très fort « Maaaaman » ou « Paaaapa ». Il est plus rare que les parents insistent sur la première partie de la phrase.

3. La répétition

Souvent, les parents répètent le mot important. À force de répéter « maman » plusieurs fois, le bébé comprend que c’est ce mot qui est essentiel.
Par exemple, la mère dit : « Dis maman. Maman. Maman. » La proportion de « maman » par rapport à « dis » fait que le bébé comprend sur quel mot se focaliser.

4. Le contexte émotionnel

Les bébés sont capables de comprendre le ton et les émotions dès 8-9 mois. Quand les parents parlent au bébé, celui-ci perçoit plus d’émotions dans « maman » ou « papa ». Le bébé comprend donc que ces mots ont une importance émotionnelle pour le parent.

5. Le contexte visuel

Dans l’apprentissage de la langue, le contexte visuel est également très important. Quand un parent demande à son bébé de répéter un mot, il lui montre souvent l’objet ou la personne concernée.
Vers 8 mois, le bébé comprend son prénom. De fait, il comprend que son prénom est sa dénomination, et que « papa » ou « maman » sont associés à des personnes. Il en déduit que « dis » est simplement une indication.

6. La tendance naturelle à la répétition

Habituellement, les bébés imitent et répètent juste les dernières syllabes entendues. On voit ce réflexe chez certaines personnes qui répètent les derniers mots de leur interlocuteur dans une discussion.
Chez les bébés, c’est la même chose : le bébé comprend qu’on attend quelque chose de lui, alors il répète les dernières syllabes qu’il a entendues.
Par exemple, le bébé entend « Dis maman ». Il va alors dire « ma-ma », car il comprend qu’on s’attend à une réponse.

7. L’effet de conditionnement

Le bébé comprend qu’on attend quelque chose de lui. Il répète alors la phrase comme il peut.
Petit à petit, il réalise que la récompense est plus grande quand il dit seulement le deuxième mot correctement.

  • Si le bébé essaie d’imiter « dis », cela sera pris comme un babillage par les parents, qui l’ignoreront.
  • En revanche, s’il prononce « maman » ou « papa », l’émotion, la joie, les câlins, etc., seront une récompense.
    Le bébé comprend donc qu’il doit persévérer pour redire ce mot le plus clairement possible.

Résumé du processus en 6 étapes

  1. Perception : Le bébé entend « /di.pa.pa/ » comme un flux continu. « Dis papa » devient « /di.pa.pa/ ».
  2. Filtrage : Il isole le mot le plus saillant (« papa »). Il retient donc « /pa.pa/ ».
  3. Imitation : Il reproduit ce qu’il a identifié comme pertinent. Il répète donc la dernière syllabe ou le dernier mot qu’il a trouvé plus saillant.
  4. Compréhension : Il associe « papa » à une personne. En même temps, il associe « dis » à une forme d’indication (ex. : pointer papa en disant « papa »).
  5. Développement : Plus tard, il comprendra que « dis » est une instruction. À 2 ans, le bébé comprend que « Dis papa » veut littéralement dire « Dis papa » de façon concrète.

Une mécanique universelle

On retrouve cette même mécanique dans d’autres interactions bébé/adulte :

  • « Dis bonjour ! » : « Bonjour » est plus saillant que « dis ». Le bébé va donc se concentrer sur le deuxième mot et dire « bonjour » ou « jour ».
  • « Fais bravo ! » : « Bravo » est un mot concret et fréquent. Le bébé va donc dire « bravo ».
  • « Regarde le chat ! » : « Chat » est associé à un animal visible. Le bébé comprend que « chat » est une entité propre. Il l’appelle « chat » ou « le chat ».

De plus, ce processus semble universel. Chomsky, dans sa théorie de l’innéisme, explique que l’enfant a une prédisposition biologique pour le langage. Tous les enfants, quelle que soit leur langue, passent par les mêmes étapes (babillage, phrases).
Dès lors, on comprend que le langage se développe grâce aux interactions sociales.

L’importance des interactions sociales

Pour cette raison, on peut comprendre par nous-mêmes, grâce à l’expérimentation, certaines choses sur le langage.
Par exemple, on a déjà vu des enfants un peu négligés à la naissance qui ont mis du temps avant de communiquer ou qui ont eu des retards dans le langage.
En même temps, on a également vu des cas où des enfants qui n’avaient jamais eu de socialisation complète à la naissance se rattrapent plus tard.
Par exemple, dans le cas de l’enfant sauvage, même s’il ne comprend pas tout (car il n’a pas eu de socialisation), il comprend les termes simples et, progressivement, il communique.

Si vous connaissez des étrangers et que vous êtes un très mauvais ami qui ne veut parler que français, vous avez pu le tester : quand vous dites à votre ami « dis ce mot » ou « répète cette phrase », votre ami ne répète pas « dis » ou « répète » non plus. Pourtant, votre ami ne parle pas français. Il arrive lui aussi à comprendre le mot important.

Comment favoriser l’apprentissage du langage ?

Que vous soyez face à un bébé ou à un adulte qui cherche à apprendre une langue, vous devez toujours procéder de la même façon :

  • Lui parler lentement.
  • Nommer les objets.
  • Développer le vocabulaire.
  • Avoir une conversation normale.
  • Ne pas essayer de parler bizarrement, comme si c’était un bébé.
  • Encourager la communication.

Votre bébé ou votre ami apprendra plus rapidement à communiquer avec vous de cette manière.

Conclusion

Vous comprenez à présent pourquoi le bébé ne répète pas « dis ».
Additionnellement, vous pouvez considérer que s’il ne le dit pas au début, il ne le dira pas plus tard.
Le cerveau des bébés est très plastique : il s’adapte rapidement pour apprendre les sons et les règles de la langue à laquelle il est exposé.
Entre 0 et 3 ans, le cerveau spécialise certaines zones pour le langage :

  • L’aire temporale : elle sert à la compréhension des mots et des phrases.
  • L’aire frontale : elle sert à la production du langage (parole, grammaire).

Les mots activent des réseaux de neurones qui s’enrichissent avec l’expérience.
Exemple : plus un enfant entend le mot « arbre », plus le réseau neuronal associé à ce mot se renforce.
Même si les bébés ont une capacité limitée à retenir des séquences de mots, ils peuvent continuer à parler. Le bébé focalise son attention sur ce qui est nouveau ou important pour lui.
De fait, il continuera à dire « papa » ou « maman », et non « dis ».

Enfin, quand un bébé ne dit pas un mot, cela donne beaucoup à dire…

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