Super Mario vs Minecraft : Pourquoi l’un est un succès et l’autre un échec ?
Bonjour,
Il y a quelque temps, j’ai regardé le film Super Mario Galaxy. : Le Film. Il y a quelques semaines, le film Minecraft 2 a été annoncé. À ce moment-là, je me suis dit que les deux films avaient une base commune, mais un résultat différent. En effet, tous deux sont des films tirés de jeux vidéo, mais j’ai mis 4/5★ à l’un et 2/5★ à l’autre. Quelles sont les différences qui font que, d’un côté, on a le film Super Mario, qui est correct, voire plutôt bon, et, de l’autre, un film Minecraft qui est vraiment mauvais ?
Des notes et des avis radicalement opposés
Pendant un temps, j’avais un peu de mal à y croire. Je me suis donc rendu sur un célèbre site de critiques en ligne, qui a confirmé ce que je pensais. La majorité des avis sur le film Minecraft sont mauvais. Quand on regarde, les notes moyennes ou positives sont majoritairement attribuées par des gens qui ne sont pas sérieux et qui plaisantent à propos du film. De l’autre côté, le film Mario n’a pas beaucoup d’avis très négatifs. On est sûr des critiques soit moyennes, soit bonnes.
Pourtant, quand on regarde, le film Minecraft a 400 avis de plus, alors qu’il est sorti deux ans après le film Mario. Un peu comme si le film Minecraft avait été plus populaire, mais moins apprécié. Toutefois, quand on regarde les chiffres, c’est bien Mario qui a été le plus regardé. J’en viens donc à la conclusion que le film Minecraft a simplement choqué par sa médiocrité.
Deux studios, deux philosophies
Je n’entrerai pas dans la guerre entre les deux studios. Cependant, on peut faire une remise en contexte pour voir d’où l’on vient. D’un côté, on a Warner Bros : leurs derniers succès sont Barbie et Wonka. Autrement dit, des films qui viennent d’univers enfantins, mais avec un côté live action. De l’autre côté, on voit qu’Universal a réussi à marquer les esprits avec Oppenheimer, La Nouvelle Guerre des mondes, Wicked et Les Minions.
Du coup, quand il s’agit de faire un film pour enfants, les deux studios ont des approches différentes. Warner Bros voit que ce qui fait marcher ses films, ce sont des têtes d’affiche dans du live action. De l’autre côté, Universal comprend que ce qui importe, c’est d’avoir une identité pour que le film se démarque. De fait, cette philosophie différente entre les deux studios se reflète dans presque tous leurs films. Un film Warner Bros, c’est un film où l’on aura de la performance d’acteurs. Un film Universal nous montrera plutôt une performance visuelle spectaculaire.
Des approches visuelles et narratives distinctes
Forcément, avec ces deux philosophies, Universal part déjà avec un avantage. En effet, on sait que le film doit être impressionnant. Puisqu’il s’agit d’un film tiré d’un jeu vidéo, il doit ressembler au jeu. Mais être assez spectaculaire pour que l’on ait l’impression de voir une version augmentée de celui-ci. Universal prend donc le studio d’animation Illumination, une valeur sûre, qui a fait ses preuves à la télévision comme au cinéma avec Garfield et Moi, moche et méchant.
De l’autre côté, Warner Bros veut mettre en avant des acteurs. Ils prennent donc Legendary Pictures pour faire des effets spéciaux, mais laissent la performance aux acteurs. De fait, visuellement, le film est moins impactant, car le décor est un accessoire de l’acteur, là où Universal a fait un film qui intègre les personnages à l’univers. Ainsi, quand le film Mario nous montre un décor, on regarde les détails et on est admiratifs. Quand le film Minecraft nous montre un détail, on s’en occupe un instant, puis on se concentre sur la réaction des acteurs face au décor.
Les personnages : entre fidélité et incompréhension
Quand le film Détective Pikachu est sorti, il était logique de faire un live action. Le principe de Pokémon, c’est un univers d’hommes et de femmes humains avec des Pokémon en plus. Or, avec Mario et Minecraft, cela n’a pas de sens. En effet, ce sont des univers à part, avec des personnages qui ont des capacités surhumaines. À ce niveau, je trouve donc que les personnages sont moins pertinents.
Dans le film Mario, on a utilisé des personnages qui existent dans la licence. On leur a ensuite donné des personnalités et une histoire pour que le spectateur s’identifie et les apprécie. Ainsi, on se retrouve avec Mario et Luigi, on ajoute d’autres personnages de la licence et on leur donne du corps.
Le film Minecraft avait à sa disposition Steve et Alex. Ils auraient pu ajouter les autres skins par défaut s’ils voulaient plus de personnages. Mais ils ont décidé de partir dans une toute autre direction. Les personnages n’ont rien à voir. Ils n’ont même pas vraiment de rapport avec le jeu ou d’intérêt. Steve fait un peu pièce rapportée par moments, comme si les scénaristes s’étaient souvenus en cours de route que les gens s’attendaient à voir Steve dans un film Minecraft.
Je pense que l’on peut résumer cette partie avec le merchandising du film. D’un côté, les enfants voient les jouets inspirés des films et disent : « Oh, c’est Mario comme dans le film ! », et la mère achète « le Mario comme dans le jeu ». De l’autre côté, on a des parents qui demandent : « Tu me parles de ton jeu de cubes, pourquoi tu veux que je t’achète un homme obèse de 56 ans en plastique ? ».
Le film Mario a réussi à ramener l’univers du personnage et à l’adapter à l’écran. Et le film Minecraft a échoué et a préféré faire une série de personnages peu intéressants, mais conçus pour offrir une diversité de représentation.
De fait, dans le film Mario, quand on voit un personnage, soit il a une utilité scénaristique, soit c’est un clin d’œil à la licence. Dans le film Minecraft, on se demande juste : « Qui sont ces gens ? ». Les personnages manquent de profondeur, il y a trop de personnages et trop peu de développement (on dirait Les Visiteurs 3). C’est bête, car dans un film tiré d’un jeu, on s’attendrait à voir les personnages du jeu.
L’univers du jeu : entre respect et parodie
En parlant du jeu, il y a aussi la façon dont l’univers du jeu est traité. Dans Mario, les tuyaux téléportent, on accepte que Mario et Luigi soient frères et plombiers. On utilise les objets magiques comme dans le jeu. Le tout dans un style graphique très joli, proche de celui des derniers jeux Mario (visuellement, j’ai eu l’impression de voir Super Mario Odyssey ou Super Mario Galaxy adaptés en film). Là où Minecraft est très étrange : on ne voit pas vraiment Minecraft, mais une sorte de réalité hyperréaliste réduite en forme cubique. Les décors ressemblent souvent à des bâtiments brutalistes sur lesquels on a mis de la peinture ou de la moquette. Les fonctionnalités du jeu sont très parodiées, comme le craft ou les poulets cuits à la lave.
La musique : un élément clé de l’immersion
Il faut aussi parler de la musique. Dans un premier temps, le film Minecraft mise beaucoup sur des musiques qui frôlent la comédie musicale. Dans le film Mario, un seul personnage le fait, pour créer un décalage. Mais c’est plus profond : tout l’habillage musical est différent.
Dans le film Minecraft, on s’attendrait à entendre la musique de Minecraft. C’est bête à dire, mais dans le film Minecraft, il n’y a aucune musique qui vient du jeu. Il n’y a même pas Minecraft de C418. Dans un article précédent, je vous expliquais combien la musique dans Minecraft est un élément important. Pourtant, dans le film Minecraft, on retrouve plein de musiques qui n’ont rien à voir avec celles du jeu. Dans le film Mario, c’est l’inverse : on a des musiques lourdement inspirées de celles d’origine, des versions grandioses et orchestrales de thèmes que l’on connaît vaguement. Il y a aussi des compositions 100 % originales, mais les musiques principales sont conçues pour donner l’impression que l’on est dans le monde du jeu.
De fait, l’immersion est plus compliquée. Le film Minecraft nous donne l’impression que le jeu est un truc à part, étrange. Dans le film Mario, on est projeté dans l’univers de Mario. Le film est même très audacieux, car il essaie d’inclure un maximum d’éléments Nintendo. C’est un peu comme si le film Mario avait compris l’univers Nintendo et qu’il essayait de tout lier. Comme si tout était connecté, que tous les jeux étaient simplement différentes phases d’un même univers. C’est l’un des manques du film Minecraft, où l’on aurait aimé avoir des références aux anciennes versions, aux autres jeux, aux éléments qui font la popularité de la franchise. Je me serais presque attendu à voir une apparition de YouTubeurs Minecraft dans le film.
L’histoire et l’humour : ce qui fait (ou défait) un film
Enfin, il faut parler de la construction de l’histoire. Le film Mario nous offre l’histoire « à la Mario » : une version grandiose de l’histoire des jeux Mario : un petit personnage doit sauver une princesse en traversant des contrées étranges jusqu’à un boss final. Le film Minecraft ne fait pas tout à fait cela. Il nous propose une histoire de cube magique, de retour à la maison, de cochon méchant qui veut dominer le monde et qui parle notre langue, en dépit de toute logique. Personnellement, je me serais vraiment attendu à voir Steve et ses amis battre un dragon avec des péripéties.
Enfin, il y a l’humour, qui est aussi un gros frein. Dans le film Minecraft, il n’y a pas réellement de « blagues » ou de « gags ». C’est simplement un enchaînement de phrases étranges dites avec insistance pour que les enfants les retiennent (une sorte de création de même artificielle). Dans le film Mario, on a de vraies blagues, du vrai humour. Dans la salle de cinéma, j’ai entendu les enfants s’amuser sincèrement avec les gags visuels. Certains ont même des doubles sens, plus subtils ou adaptés à des spectateurs plus âgés. On a l’impression de voir un vrai film, travaillé, contrairement au film Minecraft, où l’on suit une liste de phrases «« marrantes »».
Conclusion : deux films, deux visions, deux résultats
Le film Mario n’est pas parfait. Notamment, avec la sortie du film Super Mario Galaxy, on se rend compte qu’il y a déjà des faiblesses scénaristiques et certains problèmes. Seulement, le film Minecraft est, selon moi, assez mauvais et oubliable. Pour cette raison, j’ai mis une meilleure note à la version leak du film, avec les effets spéciaux inachevés. Cette version a au moins le mérite d’être drôle visuellement, et l’effet un peu « bancal » des décors provoque l’amusement que je cherchais.
Je pense que le film Minecraft aurait dû s’inspirer davantage de Minecraft : Story Mode, mais avec un scénario comme on en retrouve dans les vidéos d’animation du jeu ou dans certaines vidéos promotionnelles. Cependant, ils n’ont pas souhaité aller dans cette direction, d’une part à cause des studios, mais aussi parce que Minecraft lisse toute son image depuis des années, au point d’en perdre sa personnalité.
Finalement, le film Minecraft et le film Mario sont peut-être le reflet de ce que sont les deux franchises. La bonne nouvelle, c’est que je pourrai ressortir le même article en 2027. Quand le film Minecraft 2 sortira et qu’il faudra le comparer au film Super Mario Galaxy.

