Roblox : le capitalisme injecté dans les cerveaux d’enfants
Bonjour,
Introduction : Une vidéo qui a déclenché ma réflexion
L’année dernière, Aypierre a sorti une vidéo dans laquelle il compare Roblox et Minecraft.
Je ne suis pas vraiment fan de cette vidéo. En effet, si l’on veut être caricatural, on peut résumer la vidéo ainsi :
Les enfants qui jouent à Minecraft deviennent ingénieurs à la NASA. Ceux qui jouent à Roblox vont se faire kidnapper et violer dans des caves avant d’être retrouvés morts dans une rivière.
De fait, la vidéo m’a contrarié, car Roblox est un jeu qui a des problèmes, mais la vidéo n’en donne aucun.
Aujourd’hui, j’aimerais écrire en réfléchissant un peu plus sur ce que je n’aime pas à propos de Roblox et sur son impact sur les enfants qui y jouent.
Pourquoi comparer Roblox à Minecraft n’a pas de sens
Comparer Roblox à Minecraft a peu de sens. D’une part, car maintenant, les deux appartiennent à Microsoft. D’autre part, car les deux cherchent le même modèle. Alors, avant de chercher des sosies, il vaudrait mieux chercher une comparaison avec les jeux pour enfants plus actuels.
Dans un article précédent, je vous expliquais que certains voient Roblox comme la nouvelle version des jeux Flash. Je parlais en l’occurrence de Club Penguin, et j’avais conclu que le problème principal, c’est la fin des espaces pour enfants en ligne. C’est un problème, car s’il n’y a plus d’espaces pour enfants, tout le reste l’est aussi, et il faut sécuriser un monde qui n’est pas adapté.
Roblox : Un espace pour enfants, mais à quel prix ?
Un dernier refuge en ligne… mal sécurisé
C’est un peu le premier problème que l’on peut trouver à Roblox : c’est l’un des derniers espaces pour enfants en ligne, mais comme il y a des enjeux économiques assez grands, la sécurisation est optionnelle. Créer un jeu en ligne pour un enfant est très risqué et dangereux. En même temps, Roblox est connu pour sa modération « aléatoire ». De fait, je trouve que Roblox n’est pas adapté aux enfants, car c’est très risqué.
Le fast-divertissement : le miroir du brainrot
Tout ceci vient également du fait que le système Roblox semble un peu surfer sur la mode du « fast-divertissement ». À la manière du fast-food, on propose des divertissements de mauvaise qualité que l’on consomme rapidement. La récompense est immédiate et ne dépend plus de ce que l’on a vu avant. De fait, Roblox est un peu le miroir du brainrot : on découvre un jeu qui promeut la réponse rapide et le divertissement bas de gamme.
La monétisation : le cœur du problème
Un modèle économique inspirée des jeux mobiles
Cependant, comparer un jeu vidéo à Roblox est compliqué. Évidemment, on a eu des jeux avec le modèle de jeu de divertissement brainrot : les jeux cliqueurs, les jeux de peu d’efforts et autres jeux remplis de publicité. Et tout cela, on l’a vu dans le modèle du jeu mobile. Roblox a réussi à créer une version du modèle « jeu mobile » qui a tellement grandi qu’ils ont pu l’exporter sur plusieurs appareils et systèmes. Le jeu mobile, avec son apparence de briques en plastique, a banalisé un modèle dont personne ne voulait sur mobile, puis l’a fait accepter aux autres.
Mais la partie vraiment plus dommageable du modèle « jeu mobile » reste la monétisation.
L’argent virtuel : une monnaie perverse
Cette monétisation est vue par certains comme une nécessité pour la survie d’un modèle mobile. Mais en même temps, pour les jeux en ligne, la solution a été l’abonnement. Roblox a eu l’idée de combiner le système d’abonnement premium et l’argent virtuel. Ainsi, Roblox a inventé un système de double rémunération en prenant l’idée qui rémunère un jeu mobile et celle qui rémunère n’importe quel MMORPG.
L’argent virtuel, c’est aussi très pervers. Il repose sur un système assez simple : quelle est la valeur d’un Robux ? Quelle est la valeur de cette monnaie virtuelle qui ne peut être dépensée et exister que dans Roblox ? Si l’on se dit qu’on peut l’utiliser nulle part ailleurs que dans « un jeu », certains vont alors dire que cette monnaie ne vaut rien. D’autres diront qu’un Robux est égal à 0,010738825 €. Et c’est là que le piège de la monnaie virtuelle se referme.
La taxe de 30 % : une destruction programmée de la valeur
Pour un joueur, le Robux n’a pas vraiment de valeur, puisqu’il est vu comme une monnaie irréelle. Mais en même temps, on peut acheter des packs pour renflouer son compte. Le seul objectif est d’encourager à dépenser toujours plus de monnaie virtuelle, puisqu’elle n’a pas de « vraie valeur » perçue. De plus, Roblox a pensé que ce système pourrait avoir une limite : avec l’inflation, les joueurs pourraient arrêter de continuer à acheter des Robux. Alors, la plateforme a mis une taxe de 30 % sur les transactions en Robux. Cette taxe ne paie rien : pas d’impôts, pas de TVA, pas de frais, c’est simplement une taxe pour détruire 30 % de la monnaie sur chaque transaction, afin d’encourager à toujours en acheter plus.
Le Pay2Win et la société de classe robloxienne
Le Pay2Win : une stratégie gagnante pour tout le monde ?
Roblox a développé la monétisation dans les jeux en promouvant le Pay2Win. Cette stratégie, où plus on dépense, plus on est bon, est excellente pour tout le monde. D’un côté, les enfants veulent toujours des récompenses de plus en plus rapides ; ils sont donc prêts à donner les Robux qui paraissent futiles pour cela. De l’autre, la stratégie d’encourager les joueurs à payer pour avancer dans le jeu est bonne pour la plateforme, car cela justifie le free-to-play et aide à recevoir plus d’argent réel.
L’abonnement : une élite payante
Le tout est accentué par l’abonnement. Grâce à ce système, le joueur rejoint une sorte « d’élite ». Une classe sociale dans laquelle il reste tant qu’il paie. Et avec cela, il a des privilèges sur toute la plateforme. Tant qu’il dépense, le joueur est roi. Mais pendant ce temps, un enfant, lui, va apprendre qu’il doit toujours dépenser, sinon il sera vu comme une personne médiocre ou inférieure.
Le salariat : une illusion de créativité
Alors, que faire quand un joueur veut continuer d’améliorer son statut dans la société de classe robloxienne ? Eh bien, il suffit d’inventer le salariat. Parler de salaire en échange de créativité est une belle promesse. Cependant, côté salaire, nous avons vu que l’argent n’a pas de valeur : on est donc plus proche de l’esclavage ou du bénévolat. Côté créativité, on a vu que ce qui marche le mieux, c’est le contenu basse qualité ou tendance, donc on encourage à voler les concepts ailleurs.
Conclusion : Roblox, un miroir de l’Internet pour enfants
J’aime bien Roblox, malgré tout. J’imagine que c’est parce que je ne suis pas un enfant et que je me rends compte de comment marche le système. De plus, il y a quelques jeux que je trouve vraiment bien. Mais j’avoue qu’on ne connaît pas Roblox pour ça.
Loin de dire que Roblox, c’est le mal comme le disait la vidéo dont je parlais en introduction, je pense qu’il faut bien se rendre compte que Roblox a des bons côtés, mais n’est pas rose non plus. Je pourrais défendre Roblox, mais je le trouve critiquable. Alors, plutôt que de faire une vidéo caricaturale, je préfère ma version de la critique : Roblox est le miroir de ce que l’Internet pour enfants est devenu quand le capitalisme a compris la taille du marché.

