Comment Elon Musk a détruit Twitter ?
Bonjour,
La semaine dernière, nous avons évoqué le parcours du célèbre Elon Musk. Cet homme, menteur pathologique, un peu simplet, issu d’une famille violente et incestueuse, est aujourd’hui l’homme le plus riche du monde. D’après ses propres dires, il a commencé son combat politique, car il ne supportait pas d’avoir une enfant trans qui ne voulait plus dépendre de lui. Pourtant, aujourd’hui, je ne vais pas vous parler de la question morale derrière cette situation.
Il y a quatre ans, j’ai été banni de Twitter. À cette époque, je vous partageais mes inquiétudes pour l’avenir. Aujourd’hui, nous allons donc voir comment, le 14 avril 2022, Elon Musk a décidé de tuer Twitter.
Twitter : un réseau social unique
Twitter est un réseau social apparu en 2007. À cette époque, le marché des réseaux sociaux était de plus en plus dominé par Facebook. Dans les années 2000, Internet a commencé à se fracturer. D’un côté, il y avait l’Internet des anonymes : les forums, les pseudos et les jeux en ligne. De l’autre, l’Internet sociétal : le capitalisme, l’influence et les données personnelles dévoilées.
Twitter s’est alors dit qu’il manquait un réseau social qui ferait la passerelle entre les deux. Un réseau social rempli d’anonymes qui pourraient tous interagir entre eux, et où l’information circulerait très vite. Une forme de bouche-à-oreille numérique qui permettrait la diffusion de l’information très rapidement.
Mon expérience sur Twitter
J’ai rejoint Twitter en 2014. Au début, je ne comprenais pas bien l’intérêt. Puisque les réseaux sociaux nous apprenaient à être « amis », je ne comprenais pas comment apprécier le sens unique du « follow ». J’avais l’impression de voir des blogs ou des chaînes, une diffusion à sens unique. Alors, j’ai créé mon compte pour suivre les YouTubeurs que je regardais ailleurs. Twitter me servait alors à suivre mes YouTubeurs préférés pour voir leurs annonces de vidéos, et me permettait de leur envoyer occasionnellement des dessins de jeune fan. Je ne voyais pas plus l’intérêt que cela à l’époque.
Jusqu’à l’année suivante. 2015 a été une année marquée par des attentats très violents et massifs. D’un coup, Twitter s’est révélé à moi. Face à un événement grave, les nouvelles étaient instantanées. Plus besoin d’attendre le journal télévisé : Twitter me disait en temps réel ce qui se passait. Parfois, certains disaient des bêtises, mais face à l’afflux d’informations en continu, on pouvait se faire une idée. Il suffisait d’un peu de recul pour faire le tri.
Avec le temps, j’ai commencé à aimer de plus en plus Twitter : un réseau social simple, des messages courts, de l’information en condensé et une modération tolérante. Certes, Twitter a toujours eu des problèmes (j’ai perdu des comptes, etc.), mais avec le temps, je m’y amusais assez bien et j’y ai rencontré quelques personnes. Mais, comme je vous le disais dans mon article de 2022, ce Twitter appartenait à une autre époque.
Le 14 avril 2022 : Elon Musk entre en scène
Nous sommes le 14 avril 2022. Elon Musk adore lui aussi ce réseau social. Il faut dire qu’à cette époque, ses affaires se portent bien et qu’il garde encore cette image d’« homme génial incompris ». Twitter a le don de le mettre dans une bulle où il est entouré d’admirateurs. Il a donc acquis 9,1 % des actions de la société et a pour plan de prendre progressivement possession du réseau social.
Cependant, Musk n’est pas un homme subtil, et il s’en amuse sur les réseaux sociaux. Le conseil d’administration de Twitter ne rigole pas et lui propose de finaliser un accord, puisque Musk est prêt à dépenser 43 milliards de dollars pour un réseau social. À partir de là, l’affaire connaît des hauts et des bas : Musk n’assume plus, puis réapparaît sur Internet, puis disparaît à nouveau. La justice commence à s’en mêler, et finalement, Musk va racheter la plateforme pour 44 milliards de dollars.
La panique s’installe
Face à ce rachat, le réseau est pris de panique. Les annonceurs ne sont pas sereins : entre ses opinions politiques et ses méthodes, Musk pourrait donner une mauvaise image aux marques. Les utilisateurs sont aussi inquiets : Musk déteste les LGBT, la gauche et le protectionnisme. En revanche, il adore le harcèlement, l’argent et l’absence de limites. Beaucoup d’utilisateurs cherchent alors des alternatives comme Mastodon pour « fuir » le règne de droite qui va s’installer.
Enfin, les employés sont aussi mal à l’aise. Ils ne savent même pas qui va rester ou non. Twitter était déjà connu comme le réseau social avec le moins de modérateurs : que va devenir l’équipe restante ? Évidemment, Musk n’est pas du tout rassurant, puisqu’il ne trouve rien de mieux à faire que de venir avec un évier dans les bureaux de son nouveau réseau social. Alors qu’Elon Musk se croit drôle avec son jeu de mots, le malaise est aussi grand pour ceux qui le voient que pour ceux qui le vivent.
La vague de licenciements
Commence alors la vague de licenciements. On commence par le PDG, Parag Agrawal, puis le directeur financier, la responsable juridique et d’autres hauts dirigeants. Musk prend seul les commandes, sans expérience préalable dans la gestion d’un réseau social. Il dissout ensuite le conseil d’administration pour être le seul maître à bord. L’instabilité est croissante, personne n’a confiance en ce réseau.
Les licenciements continuent. Le 1er novembre 2022, Musk annonce le renvoi d’un employé sur deux. Pas de préavis, pas de plan clair. Juste des coupes massives dans les développeurs, la sécurité et la modération. Ceux qui osent parler, demander ou se plaindre sont également renvoyés. Certains employés apprennent en direct leur licenciement dans les talk-shows où Musk fait le beau. D’autres arrivent simplement le matin au travail en découvrant que leurs accès leur ont été retirés.
Les investisseurs fuient Twitter comme la peste. Musk essaie donc de réduire les coûts au maximum : fermeture de bureaux, suppression des avantages sociaux, et surtout, on élimine les employés qui ne sont pas dociles. En même temps, 700 employés démissionnent d’eux-mêmes. Certains sont effrayés par cette nouvelle direction, d’autres ont simplement accepté les offres d’autres entreprises, plus tolérantes.
La dégradation du service
Les équipes chargées de la modération, de la lutte contre la désinformation et de la maintenance technique sont décimées. Le service se dégrade en flèche : pannes techniques fréquentes, bugs non résolus, et la montée en puissance des contenus toxiques. 2022, c’est l’année où Twitter va se prendre le mur.
Face à la perte de revenus, Musk propose alors un abonnement sur un réseau social gratuit : Twitter Blue, à 11 $ par mois, qui permet d’obtenir le badge bleu de vérification, réservé aux comptes officiels. Résultat : usurpations massives de comptes de marques et de personnalités, semant la confusion. Eli Lilly, entreprise pharmaceutique, est la première touchée : quelqu’un paie Twitter Blue, puis change son compte pour ressembler à celui de la marque et annonce que l’insuline est désormais gratuite. Le cours en Bourse d’Eli Lilly est alors en chute libre. Pendant ce temps, le système Twitter Blue est suspendu temporairement à cause du chaos causé. On notera d’ailleurs qu’en 2026, le problème n’est toujours pas réglé, puisque l’Union européenne a forcé Twitter à expliquer ce changement de fonctionnement à tous les utilisateurs.
Pendant ce temps, Musk annonce sa politique de « liberté d’expression absolue », avec une modération réduite. Les contenus haineux ou complotistes sont moins supprimés. À la place, on masque seulement les tweets qui contiennent des mots qui ne plaisent pas à Elon Musk (le mot « cis » est banni du réseau social). Les insultes racistes augmentent de 200 %, les insultes homophobes de 40 %, et les insultes antisémites de 60 % fin 2022.
La période d’errance
À partir de là commence la période d’errance. En effet, personne ne sait où l’on va. Musk fait des sondages sur son compte Twitter pour prendre des décisions. Il débannit Donald Trump et Marjorie Taylor Greene. Il remplace, pendant quelques jours, le logo Twitter par celui du Dogecoin (cryptomonnaie favorite de Musk, qu’il a utilisée pour son délit d’initié), avant de revenir à l’oiseau bleu.
Elon Musk ne comprend rien quand on lui parle des nombreux bots sur la plateforme : il désactive tout simplement l’API. Progressivement, il augmente la taille des vidéos (1 heure (2 Go), puis 2 heures (4 Go) en mai 2023), mais il garde cette fonctionnalité pour les abonnés de son Twitter Blue, que seuls les bots veulent bien prendre, car cela garantit une meilleure visibilité. On découvre alors les fameux bots « pussy in bio », qui harcèlent les utilisateurs pour vendre des contenus pornographiques. Il va ensuite rajouter les vues, les tweets trés longs et la modification de tweets pour les utilisateurs payants.
Pour encourager les utilisateurs à prendre l’abonnement, il décide alors de monétiser le réseau social. C’est alors la mort des contenus. Twitter se remplit de bots qui font les mêmes tweets en boucle dans l’espoir de gagner quelques centimes de monétisation.
Pendant ce temps, Musk crée un deuxième compte où il roleplaye en prétendant être son fils. Il se répond à lui-même et partage ses fantasmes. Puis,il fera la même chose avec sa mère peu de temps après. Il va ensuite promouvoir les NFT et les cryptomonnaies en faisant des photos de profil spéciales pour les utilisateurs de NFT.
La transformation en X
Mais Elon Musk est frustré. Souvenez-vous : il y a quelques années, il a fait son premier caprice quand PayPal a remplacé « x.com », car il n’aimait pas ce que faisait la plateforme. Il décide alors qu’il doit détruire l’image de marque de Twitter pour faire renaître X.com.
Musk annonce, le 24 juillet 2023, que Twitter devient X, avec un logo minimaliste (un « X » blanc sur fond noir). Le nom de domaine « twitter.com » est progressivement remplacé par « x.com ». Tout le vocabulaire lié à Twitter (« tweets », « retweets ») est remplacé par des termes génériques (« posts », « reposts »). Le logo de la cabane à oiseau est remplacé par un logo hyper simplifié de maison pour montrer la page d’accueil. En interne, le nom Twitter reste, et la plupart des fonctionnalités gardent leur nom, car il n’y a plus de développeurs pour modifier le fonctionnement interne du réseau.
Le rebranding est mal accueilli, critiqué pour son manque de créativité et son côté « amateur ». Twitter perd toute son identité pour un nom générique et un logo abstrait. Beaucoup pensent alors que le site va devenir un site pornographique (ils ne sont pas loin de la vérité). Le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens chute de 16 % entre octobre 2022 et septembre 2023. Pendant ce temps, Bluesky fait sa petite percée. Le réseau social n’est pas parfait, mais il est comparable à une version un peu primitive de Twitter, avec de la modération. Pour certains aspects, les utilisateurs qui cherchent de l’information et du partage abandonnent Twitter et passent au papillon.
La situation financière et les dysfonctionnements
Musk admet que X a un « flux de trésorerie négatif » et que les recettes publicitaires ont chuté de moitié. Seulement 2 des 31 plus gros annonceurs restent (contre 31 en octobre 2022). Le système d’annonces est alors très simplifié. On offre même Twitter Blue à ceux qui font des publicités. On découvre alors des publicités qui n’ont aucun sens ou qui sont simplement des arnaques, du dropshipping ou de la pornographie.
Le nombre d’utilisateurs actifs quotidiens n’augmente que de 1,6 % sur 12 mois (contre +15 %/an avant 2022). Progressivement, les comptes LGBT sont masqués sous prétexte qu’ils sont pornographiques. Pendant ce temps, la pornographie hétérosexuelle est de plus en plus présente, surtout sous les tweets avec la pastille bleue.
Elon Musk, ne comprenant pas que ses tweets font moins d’audience, demande aux ingénieurs de promouvoir manuellement son compte dans l’algorithme de la timeline. Il demande ensuite l’ajout d’un bouton pour voir les vues sur un post. Il est rassuré : ses tweets sont forcés dans toutes les timelines. Pour être sûr que tout le monde voit ses tweets, il fait même en sorte de rendre le bouton « bloqué » obsolète. En effet, bloquer quelqu’un bloque seulement l’option de réponse à ses tweets et les messages privés, mais garde toutes les autres fonctionnalités ouvertes.
Pendant ce temps, Musk supprime toutes les fonctionnalités additionnelles pour que son équipe réduite se concentre sur ses projets à venir. On a donc la disparition des notes vocales, des cercles et des communautés. Le jour où quelqu’un critique ses likes, il enlève l’option de les voir. Le jour où on lui reproche ses mensonges, il masque les tweets et rend l’option pour voir les tweets masqués plus difficile à trouver. L’interface utilisateur devient incompréhensible, avec des boutons qui apparaissent et disparaissent, changent d’ordre, dans le seul but de promouvoir ses nouvelles fonctionnalités.
Grok et les dérives de l’IA
Musk annonce le transfert de 75 % de l’équipe de modération vers sa société d’IA, xAI, ce qui soulève des questions sur l’avenir de la modération humaine. Ainsi naît Grok, soit la pire version de l’IA que le monde ait vue. Chaque jour, les utilisateurs s’amusent avec l’IA en lui faisant dire des propos plutôt à gauche. Elon Musk enrage et lobotomise l’IA pour la rendre plus à droite. Ainsi, Grok demandera à se faire appeler MechaHitler. Plus tard, Elon Musk sera tellement triste que Grok ne parle pas de racisme anti-blanc qu’il va la relobotomiser pour la rendre obsédée par le génocide blanc en Afrique du Sud. L’IA deviendra folle et se mettra à répondre « kill the boer » chaque fois qu’on lui parlera.
Pendant ce temps, la fonctionnalité d’image générative sera utilisée par des groupes masculinistes pour demander à l’IA de « déshabiller » les femmes. X se retire du code de bonnes pratiques européen, avant de se raviser sous la pression réglementaire.
Musk évoque la transformation de X en une « super-application » (paiements, messagerie, vidéos longues), mais sans résultats concrets à ce jour. La tentative la plus notable reste sa tentative de faire de Twitter le concurrent d’Indeed. Le projet ne fonctionne pas, car les entreprises ont fui X. En effet, beaucoup d’utilisateurs historiques (journalistes, célébrités, entreprises) quittent la plateforme, déçus par la montée des contenus toxiques et l’instabilité. X est désormais associé à la désinformation, aux discours de haine et à une gestion chaotique. Les photos de profil NFT sont finalement abandonnées, car la bulle a explosé.
X : un réseau en déclin
X reste déficitaire et peine à attirer de nouveaux utilisateurs. Les grèves symboliques (comme le #NoTwitterDay) se multiplient. Musk continue ses expérimentations (IA, paiements, etc.), mais sans succès probant. Les utilisateurs ne voient même plus les gens qu’ils suivent dans leur timeline, seulement des robots avec des pastilles qui cherchent l’engagement pour quelques centimes. Les messages privés sont devenus compliqués à gérer a force de copier Messenger de Facebook.
Musk décide donc de voler le nom @Bangers pour faire un post qui retweete les tweets les plus populaires de la plateforme. Le projet est abandonné quand le tweet le plus populaire devient « Elon Musk is a pedophile with no friends ». La plateforme a régulièrement de gros dysfonctionnements, allant de l’authentification jusqu’au blackout complet.
Conclusion : X peut-il se relever ?
X peut-il se relever ? Peu probable sans un changement radical de stratégie (retour à une modération stricte, reconstruction des équipes, regain de confiance des annonceurs). Musk a-t-il « tué » Twitter ? En grande partie, il en a détruit les fondements, laissant une plateforme affaiblie, polarisée et en quête de sens. La plateforme ne sait tellement pas où elle va qu’elle a ajouté un système de « réaction » pour transformer les tweets en vidéos façon TikTok.
Pendant ce temps, Twitter essaie de devenir une application tout-en-un et empêche les utilisateurs de créer un compte s’ils n’ont pas l’application.
Sénèque disait : « Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va. » Les optimistes disent donc que Twitter peut tourner dès que Musk saura quoi faire. Personnellement, j’aurais tendance à dire qu’Elon Musk a fait de Twitter un exemple. Il nous a montré comment il est prêt à ruiner ce qui ne lui plaît pas, peu importe le coût. Comme vu dans l’article précédent, il est violent, impulsif et d’une grande bêtise. Il ne nous reste qu’à espérer un nouveau réseau social qui comprendra comment Twitter a fait sa grandeur. À moins que cette époque de l’ancien Twitter soit définitivement révolue.

