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Ava Cordero : le combat d’une victime

Ava Cordero : le combat d’une victime LGBT contre l’impunité de Jeffrey Epstein

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Ava Cordero

Avertissement

Cet article peut contenir un langage choquant et violent.

Bonjour.

Nous vivons dans un monde où pédophilie, viol et capitalisme sont devenus relativement synonymes.1
J’ai toujours pensé que les discriminations, les séparations, les ségrégations et autres punitions sociales dues à la différence ne sont qu’une illusion. Une technique ou une ruse qui n’a qu’un seul but : détourner le regard des gens des vrais problèmes de notre société.

Ava Cordero : une voix dans l’ombre

Aujourd’hui, j’aimerais vous raconter une histoire. Celle d’une femme qui est aujourd’hui considérée comme l’une des premières accusatrices d’un monstre que l’on ne présente plus. Un homme que l’on a laissé agir comme il le voulait et que la bourgeoisie a encouragé. Celui dont l’île est devenue un symbole d’inhumanité plus grand que l’île du docteur Moreau. Pourtant, ce n’est même pas sur cette île que commence notre histoire, ni la sienne.

Notre histoire d’aujourd’hui, c’est celle d’Ava Cordero. Cette jeune femme est née en novembre 1983. Ava est une femme transgenre hispanique. Bien sûr, ça ne date pas d’hier. Aux alentours de ses 12 ans, elle a commencé à s’identifier comme une fille et a choisi son prénom. Au départ, elle avait pris le prénom Avarelle, mais elle a décidé de garder le diminutif Ava.

Cependant, ce n’est pas pour son parcours de femme trans que nous sommes là. Pas tout à fait, du moins, pas pour cette raison.

La rencontre avec le prédateur

Au début des années 2000, la jeune femme a 17 ans et habite à New York. Depuis quelque temps, les jeunes femmes rêvent toutes de devenir mannequins. Pour Ava, c’est d’autant plus important : elle rêve de faire ce métier dans lequel on la verra pour la belle femme qu’elle est.

Elle se retrouve donc sur la route d’un certain Jeffrey Epstein. Un autre « loup de Wall Street » qui a fait sa fortune en fréquentant d’autres riches et en gérant leur portefeuille. Epstein est du genre à jouer dans la cour des grands : les présidents, les personnalités, les entrepreneurs, et même la famille royale britannique. De fait, il n’est pas rare qu’un homme aussi riche et puissant cherche à diversifier ses activités. Ce qui fonctionne, ce sont les magazines de mannequinat où l’on voit des modèles.

Un jour, Ava Cordero a la chance d’être présentée à ce fameux millionnaire. Elle a en effet été approchée par une société locale, la Nine East 71st Street Corporation. Epstein voit en elle un grand potentiel. Il l’invite donc à visiter son manoir de l’Upper East Side, une belle construction américaine qui pourrait servir de décor de film. Il fait tout pour la convaincre de venir, lui promettant un contrat de mannequinat et une carrière prometteuse.

Le premier rendez-vous

Ava hésite, mais ne fait pas la fine bouche. Il faut dire que, pour une jeune fille de 17 ans à qui l’on propose de réaliser son rêve, elle est très chanceuse. Elle se rend donc au rendez-vous dans le manoir, confiante et sûre d’elle.

Pourtant, quand elle arrive dans ce grand manoir, quelque chose cloche.

L’instant suivant, elle se retrouve face à cet homme de 47 ans qui se déshabille devant elle. Bien sûr, elle est mal à l’aise et commence à se dire qu’elle a peut-être fait une erreur. Mais cela ne perturbe pas Jeffrey. Pour cause,il a l’habitude : il lui explique qu’il veut simplement un massage. « Une bonne mannequin, c’est avant tout une femme qui sait faire du bien aux hommes. »2
Alors, il mêle l’utile à l’agréable, et elle se dit que c’est un effort relativement modeste pour un travail.

Le manoir du prédateur

Epstein est plutôt satisfait du massage. Mais un homme comme lui ne se satisfait pas du minimum. Non, lui, il veut tester toute sa « marchandise » avant de la distribuer. Il veut plus de cette jeune femme. Alors, il se relève et se jette sur elle. Il attrape la tête d’Ava, paniquée, entre ses mains. Et enfin, il la pousse vers son sexe et exige qu’elle lui fasse une fellation.

La pauvre jeune fille n’a que 16 ans et demi. Elle est seule avec cet homme. Il l’isole, elle qui s’est toujours sentie seule à cause de son identité de genre. Elle n’a pas le choix : si elle ne le fait pas, elle n’aura pas le contrat. Sous la contrainte, Ava cède. Elle se fait alors violer par le monstre, qui lui promet qu’elle aura ce qu’elle veut.

L’emprise du prédateur

Malheureusement pour elle, ce n’est que la première fois. L’année de ses 17 ans va être marquée par la violence sexuelle. À cet âge, une personne peut être facilement manipulée, surtout si elle est isolée ou en quête de reconnaissance. En tant que jeune femme transgenre, Ava est particulièrement vulnérable à la stigmatisation et au rejet. Epstein utilise cette marginalisation pour la contrôler psychologiquement, en jouant sur sa peur de ne pas être acceptée ou de perdre les rares opportunités qui s’offrent à elle.

À partir de ce moment-là, une relation de grooming s’installe entre eux. Epstein a gagné sa confiance en se présentant comme un bienfaiteur, un ami riche capable de l’aider à percer dans le mannequinat. Cette phase de séduction est typique des prédateurs sexuels, qui créent une dépendance émotionnelle avant de passer à l’abus.

Progressivement, les actes non consentis se répètent. Epstein banalise les actes sexuels en les présentant comme une « contrepartie normale » pour son aide : « C’est comme ça que ça marche dans ce milieu. » Cette tactique est courante pour désensibiliser la victime et la faire taire.

Se libérer de son groomer

Mais Ava se rend graduellement compte que quelque chose cloche. Alors, le prédateur décide que si la carotte ne marche plus, il faut passer au bâton. Il est de plus en plus violent avec elle. Les actes sexuels qu’il exige sont de plus en plus sordides et agressifs.

Epstein est un homme puissant, riche et connecté. Ava a peur des représailles3 si elle refuse ses avances ou révèle les abus. Les victimes de personnes influentes craignent souvent de ne pas être crues ou d’être discréditées. Elle endure donc en silence les fantasmes du prédateur. Elle reste sous son emprise, car elle ne sait pas comment s’en sortir financièrement sans lui.

Les abus continuent jusqu’en novembre 2001. Il est difficile de savoir pourquoi. Peut-être que, comme beaucoup d’autres victimes, elle a compris que le mannequinat était hors de question.

Cependant, l’histoire ne s’arrête pas là. Elle est mise en pause pendant six ans.

La plainte et le calvaire médiatique

En 2007, Ava a 23 ans. Avec le temps, elle a probablement réalisé que ce qu’elle avait subi était inacceptable et qu’elle avait le droit de se défendre. Elle trouve des avocats et des proches l’encouragent à agir. Enfin, elle décide donc de porter plainte contre Jeffrey Epstein. Elle porte également plainte contre d’autres hommes riches qu’elle a rencontrés grâce à Epstein, ainsi que contre les entreprises liées à ses affaires.

À partir de ce moment-là, Ava est traînée dans la boue par Epstein et les médias. Elle explique qu’elle était mineure et donc « incapable de consentir » à l’époque des faits4. Elle décrit les attouchements, les fellations et les pressions psychologiques.

La réponse d’Epstein ne se fait pas attendre : « Si vraiment il y avait eu quelque chose, pourquoi n’a-t-elle pas parlé plus tôt ? » En effet, tout le monde sait qu’à New York, il faut signaler un crime sexuel dans l’année, sinon il y a prescription. Le prédateur la traite de folle et de droguée. Difficile de savoir si l’héroïne n’est pas devenue une conséquence des abus sexuels, mais pour le clan Epstein, c’est une preuve. De plus, on sait qu’elle a des problèmes psychiatriques et qu’elle a peut-être le sida, « comme tous les queers ».

Le New York Post, un journal sérieux

Les médias, comme le New York Post, s’emparent de l’affaire. « Encore un homme qui s’habille en femme et veut se rendre intéressant en accusant ceux qui ont réussi. » Plusieurs articles paraissent. Les médias insistent bien sur son genre de naissance pour la faire passer pour une sorte de pervers travesti. Dans beaucoup d’articles, on voit plus souvent son prénom de naissance que son vrai nom. Le plus connu reste celui intitulé « (S)HE HAS A HISTORY: Bogus Sex Suit »5.

Les articles du new york post qui moque la victime

Dans cet article, on raconte que Maximilian Cordero serait en réalité un homme. Quand il était enfant, il faisait semblant d’être plus vieux que son âge pour séduire de pauvres hommes riches et les voler. Il les apitoie en disant qu’il n’a jamais fêté son anniversaire et que personne ne l’aime. Maintenant, ce serait simplement un homme drogué qui se prend pour une femme à cause de sa maladie mentale. « La preuve, il veut juste des milliers de dollars pour s’acheter de l’héroïne. Cette affaire n’est qu’une tentative pour faire du chantage à des hommes. »

Je vous présente mes excuses pour le paragraphe précédent. Cependant, il faut comprendre que la presse est très hostile. Tout le monde défend Epstein, et c’est comme ça qu’il a pu continuer ses viols en série.

Un procès décevant

En 2008, le procès s’avère plutôt décevant pour la jeune femme :

  • La plainte contre Epstein est rejetée pour prescription.
  • Ava a essayé de montrer le caractère violent du prédateur, mais le tribunal estime qu’elle n’a pas prouvé que les actes d’Epstein étaient motivés par une animosité envers son identité de genre (transgenre).
  • Sa demande pour ajouter de nouvelles allégations (comme des violences physiques) est également refusée.

Voyant que le procès tourne en sa défaveur, elle accepte de passer un marché : l’affaire sera sans suite, et en échange, elle touchera la généreuse somme de 28 000 $, ainsi qu’une clause de confidentialité pour qu’elle ne parle plus jamais de tout cela.

Cette aventure a laissé un goût amer à Epstein. Il s’en est sorti, mais ça aurait pu être pire. Il contacte donc Robert Trivers, un biologiste à qui il promet de grandes sommes d’argent en échange de publications sur « la biologie transgenre ». Autrement dit, Epstein paie un scientifique pour expliquer que les personnes transgenres sont des « espèces de pervers qui pensent être trans, mais ne le sont pas ». Dans une étude, le chercheur explique même qu’il y a une différence entre « le genre » et « le genre qu’on ressent ».

Plus tard, Epstein a commencé à financer des groupes comme des suprémacistes blancs pour continuer à diviser les classes qui pourraient le dénoncer. Ainsi, il aurait toujours de bons arguments contre ceux qui dénonceraient ses actes.

Un schéma récurrent

Étonnamment, ce n’est pas quelque chose d’inhabituel que d’avoir son agence de mannequins quand on est riche. Claude François avait, lui aussi, son magazine, qui lui servait à trouver de nouvelles jeunes femmes dont il pouvait profiter. Epstein n’a rien inventé, mais il l’a fait à grande échelle.

Grâce aux Epstein Files, on sait désormais que toute l’histoire d’Ava est vraie, mais qu’en plus, Epstein a tout fait pour que l’extrême droite se renforce afin de bafouer les minorités.

Une double peine

Toute cette affaire, c’est l’histoire d’un homme puissant et intouchable. On n’a pas cru Ava, qui nous avait mis en garde contre le monstre. Cette pauvre femme a eu la double peine : celle d’être transgenre et celle d’être une femme. Celle d’être traitée de malade mentale et celle d’être réduite au silence en étant traitée d’hystérique.

On en vient à se demander si le fameux « agenda trans » ne serait finalement pas un plan de l’extrême droite pour diviser les humains. Malheureusement, la transphobie a encore de beaux jours devant elle.

Quand on sait qu’il y a un an, lorsque Charlie Kirk a été assassiné, les médias ont passé tant de temps à chercher le lien du tueur avec les LGBT. Combien de fois cette carte « LGBT » peut-elle encore être utilisée par certains groupes pour essayer de discréditer les opposants ? Difficile à dire.

En tout cas, pour l’heure, je retourne lire le New York Post. Ils ont sorti un article la semaine dernière pour dire qu’une femme trans, qui aurait été violée par des cadres de NBCUniversal et Universal Studios, ment, puisque les enquêtes des Ressources Humaines de l’entreprise nient l’incident.

  1. Oui, je commence vraiment mon article comme ça. ↩︎
  2. Citation inventée ↩︎
  3. physiques, légales ou sociales ↩︎
  4. Ces lois concernent les agressions sexuelles sur mineurs : un rapport sexuel avec une personne de moins de 17 ans est considéré comme un viol statutaire à New York. ↩︎
  5. « Elle a un passé : une plainte pour agression sexuelle bidon » ↩︎
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