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Les SJW contre les Wokes, l’opposition des mêmes choses

Les SJW contre les Wokes, l’opposition des mêmes choses

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celerycraft

Bonjour.

Nous sommes à moins d’un an de la prochaine élection présidentielle. De nos jours, écouter les discours politiques, c’est désolant. D’un côté, on nous propose de piquer dans les caisses, de discriminer les uns ou les autres. De l’autre côté, on nous propose des réformes molles, des discours surtout démagogiques et des fastfoods. Autrement dit, il n’y a rien à se mettre sous la dent.

Dans cette nouvelle forme du débat public, une des cibles de la droite serait « le wokisme ». Un super mot qui ne veut rien dire. Pourtant, son ancêtre semblait avoir eu un meilleur impact dans le débat public. Aujourd’hui, laissez-moi vous parler des SJW contre les Wokes.

Les SJW : d’un éloge à une insulte

Le terme SJW est à la base un terme qui est plutôt positif. C’est un néologisme anglais qui décrit les SJW comme des social justice warriors, c’est-à-dire des « guerriers de la justice sociale ». Derrière ce terme, on retrouve donc l’idée qu’il faut mettre en place une forme de justice pour rééquilibrer les dynamiques sociétales. Ce terme est apparu à la fin du vingtième siècle, mais il a véritablement explosé aux alentours de 2011. À cette époque, il est passé vers une connotation plus négative. Notamment en 2014 lors du Gamergate. Autrement dit la première affaire popularisée et médiatisée mettant en scène une forme de masculinité toxique, ancêtre de l’incel. Petit à petit, le terme de SJW a ensuite disparu.

Ce qui est intéressant, c’est que, à la base, le terme de SJW est utilisé pour décrire des personnes, finalement, qui sont engagées dans des causes plutôt progressistes, par exemple le multiculturalisme, les droits LGBT, le féminisme. Pourtant, graduellement, on a observé comment les mouvements d’extrême droite sur Internet, surtout sur Twitter, ont déformé ce terme pour le transformer et pour en faire un nouveau mot. Petit à petit, le terme SJW est devenu un sous-entendu pour dire une forme de gauche hystérique.

De fait, à partir de 2017, on estime que SJW est officiellement devenu un terme péjoratif et que les personnes qui se le revendiquaient sont systématiquement victimes de harcèlement, d’insultes homophobes, transphobes, grossophobes, racistes, etc. D’ailleurs, c’est à partir de cette époque qu’on a commencé à en parler également très négativement, bien que, à la base, ce soit un terme qui ait été créé pour désigner des personnes engagées dans une lutte sociale ; c’est progressivement devenu un terme pour désigner un groupe de personnes comme extrémistes.

Les Wokes : de la conscience à l’accusation

De l’autre côté, on retrouve les Wokes. Le wokisme est pareillement un anglicisme qui est utilisé pour désigner, un peuple éveillé, . C’est-à-dire qui a conscience des problèmes sociaux et qui cherche une forme d’égalité. Ce terme n’est pas nouveau. il existe depuis très longtemps. Mais il s’est particulièrement popularisé en 2014, à la suite de l’émergence généralisée du mouvement Black Lives Matter. Dès lors, être woke est quelque chose de positif, cela représente une forme de conscience de classe et de recherche de justice, en observant une société inégalitaire.

Pourtant, aujourd’hui, parler de woke est vu comme quelque chose de négatif. En effet, de la même manière que les SJW, le wokisme est désormais vu comme quelque chose de négatif. C’est un mot qui sert à regrouper tout un tas de choses que détestent la droite et l’extrême droite. Par exemple: on a vu des politiciens expliquer sur des plateaux télé que le wokisme est un outil de développement de l’islamo-gauchisme. Un terme fantasmé par l’extrême droite, une fois encore. Il dit que la gauche essayerait de propager l’islam dans le pays.

On observe que, d’une certaine manière, le wokisme et les SJW sont les deux faces d’une même pièce. Les deux termes expriment la même chose, ont eu la même histoire. Et, aujourd’hui, sont utilisés comme argument de l’extrême droite pour décrédibiliser des mouvements ayant pour but une forme de justice sociale. Cependant, on pourrait être tenté de dire que c’était mieux avant. En effet, on constate que le mouvement SJW semble avoir eu un impact plus important. Là où le wokisme parais s’être tari assez rapidement. On en vient donc à se demander : si les deux termes sont la même chose, comment se fait-il qu’ils n’aient pas eu le même impact sur la société ?

Pourquoi le SJW a-t-il eu plus d’impact ?

La première clé pour pouvoir y répondre est directement dans le nom : social justice warrior fait, en effet, référence aux combats, à une guerre pour la justice sociale. Le premier terme en lui-même désigne donc l’idée qu’il y a un combat, qu’il y a une lutte, et ainsi il est aussi normal que ce terme soit plus rapidement arrivé à des extrêmes. Puisque, dans un sens, les SJW avaient la volonté de combattre les personnes qui discriminent les autres. De fait, on y voit vraiment un effet positif qui ne peut être atteint que par le conflit. C’est d’ailleurs dans ce cadre-là que le Gamergate a pu naître, c’est-à-dire l’idée de faire une forme de justice sociale dans le monde du gaming.

En effet, cette campagne est arrivée pour défendre les femmes, le manque d’inclusion, le manque d’éthique, le tout dans l’objectif de faire naître une justice et un rééquilibrage. Ensuite, avec le temps, la contre-attaque s’est faite par l’extrême droite, le terme a été dépopularisé et les vagues de harcèlement ont commencé à se faire. De plus, ce terme est mort. Quand on considère que le social justice warrior est quelqu’un qui se bat pour une justice sociale. Mais qui, en le faisant, a tendance à parler à la place d’autres personnes qui seraient plus concernées ou qui voudraient se battre par elles-mêmes. D’une certaine manière, les SJW ont invisibilisé certaines luttes.

La difficulté pour le wokisme

De l’autre côté, le wokisme n’a pas eu ce problème-là. En effet, dès le début, on considère qu’être woke, c’est seulement être éveillé sur le fait qu’il y a des différences dans la société. De fait, être woke ne nécessite pas forcément un engagement. Le fait d’être woke montre simplement que l’individu a conscience du monde dans lequel il vit, et pas nécessairement qu’il va agir dessus. Dès le départ, le terme woke ne désigne pas un conflit et donc ne cherche pas à avoir des opposants.

Cependant, comme les SJW se sont retrouvés avec un terme qui les a dénaturés. Ils se sont naturellement ralliés derrière, et la seule action logique de l’extrême droite a été, pour les combattre, de dénaturer ce terme, comme elle l’avait fait la dernière fois. Il se trouve que celui-ci, étant plus court, a dû être transformé en forme de mot-valise où l’on fourre à peu près toutes les idées qui nous passent par la tête. Pour cette raison, aujourd’hui, le wokisme est vu de manière négative parce que certaines personnes considèrent qu’on pousse l’observation beaucoup trop loin, au point que ça en devient absurde et essentialiste ; par exemple, on en vient à observer les différences entre les races, les genres ou des formes de classisme.

Un échec de la gauche ?

Toutefois, ce qui est arrivé aux deux termes et aux deux mouvements n’est pas nécessairement leur faute. J’y vois, au contraire, un nouvel échec de la gauche. En effet, si on regarde bien, les deux termes sont plutôt positifs. En effet, que ce soit l’idée de combattre les injustices comme l’idée d’être éveillé sur celle-ci, ce sont deux termes positifs. Seulement, le terme a changé, il est utilisé dans le débat public par la définition qui a été imposée par la droite et l’extrême droite. En même temps, ces deux termes étaient voués à l’échec. Les deux termes viennent, dès l’origine, de ce qu’on peut appeler la gauche américaine. Soit un mouvement où l’on essaie de faire une forme de socialisme tout en étant terrifié du communisme de la guerre froide.

On pourrait être tenté de dire que c’était mieux avant, que les SJW étaient plus puissants. Cependant, si on regarde dans les faits, c’est faux. Seulement, la droite radicale a appris, grâce aux SJW, à invisibiliser le vrai combat. À faire passer leurs opposants pour des extrémistes. De fait, le mouvement woke n’avait aucune chance et allait subir le même sort. Ainsi, les deux termes sont rapidement passés dans le négatif. Or, quand on regarde, il n’y a pas vraiment de terme positif pour décrire de l’activisme de gauche. Tous sont vus par le débat public comme plutôt négatifs. En opposition, la droite et l’extrême droite utilise un langage qui permet de les faire passer comme très positifs.

La pauvre langue

C’est une ironie particulière, la droite adore dire que la gauche fait preuve de « novlangue ». C’est pourtant exactement la stratégie qui est utilisée par l’extrême droite. D’une part, on le voit quand la droite réécrit des termes comme SJW ou woke. Mais on peut le voir davantage en regardant les noms de leurs mouvements :

Le libéralisme indique rendre les hommes libres.
Le conservatisme évoque conserver son identité.
Les pro-vie sont démontrés comme ceux qui préservent la vie.
La Manif pour tous invite à manifester pour ses droits.

Conclusion

En conclusion, je dirais qu’il est un petit peu absurde d’essayer d’opposer le terme SJW à woke. Finalement, les deux termes démontrent comment l’extrême droite s’est saisie des sujets de gauche. Elle les a déformés pour les transformer en insulte. Il faut être aveugle pour ne pas voir que la droite et l’extrême droite sont en train de monter en puissance dans le monde entier. Il est peut-être temps de considérer que ce sont également eux qui définissent les règles. Eux qui définissent la façon dont on appelle les combats de gauche. C’est par ailleurs pour cette raison que, si on continue de jouer avec leurs règles, ce seront forcément eux qui gagnent. Je vous encourage donc à rechercher votre justice sociale. À être éveillé d’une manière qui ne vous est pas dictée par vos propres opposants.

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