Bonjour,
Aujourd’hui, je vais parler de Pouler.fr, une œuvre majeure de l’internet français. Son auteur, MiamoAlex, est un artiste dans l’âme, doté d’un talent assez inédit. En effet, il s’exprime au travers de sites internet avec un style qui fait toujours un peu « bon marché/amateur ». Ce qui est très ironique, puisque ses sites sont toujours hyper travaillés.
Tous ses sites sont conçus pour avoir un style un peu pixelisé, ancien, comme si l’on regardait un vieux site. De plus, l’effet est exagéré en ajoutant des image-rendering: pixelated en CSS sur les images, pour être sûr de donner un look très old school. MiamoAlex a donc créé tout un univers qui donne l’impression de visiter des sites rétro, bien que ce soient des sites modernes et bien travaillés. Le tout dans un mélange d’humeurs souvent absurdes.
MiamoAlex nous rappelle que l’internet d’hier n’a pas disparu et que c’est peut-être même l’avenir, d’une certaine façon. Perroquet-france.fr, Tuches-6-concept.fr ou miamo.fun : tous sont des succès nationaux de l’internet. On a même vu des let’s play de ses œuvres. Pourtant, il existe un site qui se démarque du reste : Pouler.fr.
La genèse de Pouler.fr
Si vous n’avez pas joué à Pouler.fr, je vous recommande de le découvrir maintenant, car nous allons en parler.
Nous sommes le 20 novembre 2024. Alors que MiamoAlex vient de finir son goûter, il découvre qu’un streamer Twitch qu’il connaît a acheté le nom de domaine « pouler.fr » afin de l’utiliser comme nom sur le réseau social Bluesky.
À 16h40, MiamoAlex contacte alors Nanake en lui demandant s’il est bien propriétaire du domaine et s’il peut faire un site qui utiliserait ce nom de domaine. Il a déjà l’idée de créer une nouvelle œuvre qui mêlerait art, blague et poulet1. Le nom « pouler » lui inspire déjà tout le site.
À 17h15, Nanake confirme qu’il est le propriétaire du nom de domaine2.
À 17h28, il dit qu’il serait ouvert à ce qu’on utilise son nom de domaine, puisque celui-ci ne sert qu’à Bluesky et redirige vers une vidéo YouTube3.
Quelques minutes plus tard, les discussions continuent dans le secret le plus total. Personne ne sait ce qu’ils ont pu se dire, mais on suppose que les négociations ont été brèves.
MiamoAlex se met donc au travail. Il n’a fallu que quelques heures pour écrire le scénario de son œuvre. À partir de là, il s’est lancé corps et âme dans le projet.
Le 21 novembre 2024, il commence : il découpe ses images, il enregistre des voix, il sélectionne les musiques, il prépare son code. Il aura fallu 24 heures à l’artiste pour composer son œuvre.
Le 22 novembre 2024, MiamoAlex révèle alors sa nouvelle œuvre : Pouler.fr, Site officiel de l’exposition « Mon premier poulet » du musée d’Herbert.
Le succès est immédiat. Les internautes du monde entier se sont réunis pour voir le poulet de Pouler.fr. Les critiques sont unanimement positives :
« Bouleversant, touchant, incroyable, fascinant, époustouflant… Je ne pense pas que je m’en remettrai. Une merveille du web, une œuvre d’art, un chef-d’œuvre inégalé. »
— Yolwoocle (Developpeur)
« Incroyable expérience, merci de nous faire découvrir l’histoire du poulet rôti de Pouler.fr. »
— baptisdoof (Streamer)
« Ça fout la chair de poule. »
— lembou (Critique musical)
Les critiques ne s’arrêtent pas. Le succès est aussi immédiat qu’indéniable.
Au cours des jours suivants, MiamoAlex corrige quelques bugs et fait du site une œuvre parfaite.
Le lendemain, il exprime son émotion :
« Merci beaucoup pour tous vos messages sur Pouler.fr, ça fait super longtemps que j’avais rien sorti, je ne m’attendais plus à tout ça !! »4
Personne ne se serait douté de l’importance que prendrait ce site sur l’internet français.
Une œuvre simple en apparence, mais profondément complexe

Pouler.fr a été fait en quelques heures. On s’attendrait donc à pas grand-chose.
Quand on y va, c’est étonnant : c’est un site qui « ne mange pas de pain ». Un interrupteur, un message, un poulet. Le site est simple.
Pourtant, quand on y est, on y passe de nombreuses minutes.
Qui aurait cru qu’on passerait plus de 5 minutes sur un site de poulet ?
⚠️ Attention, spoilers ⚠️
À partir d’ici, il va être dur de ne pas spoiler Pouler.fr. C’est votre dernière chance de le visiter sans vous faire spoiler.
Quand on arrive sur le site, nous sommes accueillis par un avertissement :
« Aux courageux internautes qui activeront l’interrupteur de Pouler.fr s’offrira le poulet rôti de Pouler.fr. »
À ce moment-là, personne ne peut se douter de ce qu’il va vivre.
Il y a un interrupteur, une salle sombre et une enseigne « Pouler.fr ». Le tout dans le style très « MiamoAlex » dont on a parlé précédemment.
Une fois l’interrupteur allumé, on découvre le Poulet rôti de Pouler.fr. On entend d’autres spectateurs qui observent ce poulet. On entend le guide nous parler du poulet : il nous donne son nom latin, ses statistiques, son histoire.
Pourtant, quelque chose cloche.
On découvre ensuite que le curseur devient un marteau quand on l’approche de la vitrine du poulet. On peut taper sur la vitrine.
À ce moment-là, commence vraiment le commentaire.
Une critique sociale profonde en plusieurs actes
Pouler.fr est un site complexe. La faim, la gourmandise, la morale, la société de consommation… Les thèmes dénoncés sont nombreux.
Quand, à force de taper sur la vitre, elle se brise, le message se délivre à l’internaute. La musique s’arrête, on déguste le poulet, la danse macabre commence pendant qu’on entend des gens râler.
1. La glorification de la culture
On découvre la page poulet rôti de la plus célèbre encyclopédie en ligne, qui nous apprend tout sur le poulet rôti et ses ingrédients.
Mais très rapidement, la critique de la mondialisation résonne. En effet, comment se procurer des ingrédients pour faire un poulet rôti ? Chaque ingrédient semble dispersé dans le monde.
Pourtant, une simple commande en ligne permet de tout recevoir à sa porte.


2. L’ours Herbert : un commentaire véganiste ?
L’ours Herbert est sans doute le plus gros commentaire véganiste. En effet, un animal carnivore prépare de la viande.
On en vient à se demander si on vaut mieux que ça.
L’ours, qui représente un prédateur et en même temps la rareté, cuisine des poulets pour les internautes de pouler.fr.
Tout ça pour finir lui-même en morceaux de viande qui seront consommés.
3. La surconsommation et l’addiction
Pendant ce temps, les internautes deviennent victimes de la surconsommation.
L’expérience unique ? Le goût de cette drogue ?
En tout cas, les internautes semblent être les victimes d’une addiction.
À présent, nous sommes prêts à tout pour manger. Une sorte de gourmandise inarrêtable.
Le tout pour retrouver une sensation passée, qui n’a peut-être pas existé.
Est-ce la faute de l’addiction ou de la nostalgie ?
Nous n’aurons pas la réponse.
Cependant, le site nous donne un indice.
Par la suite, les internautes sont prêts à aller rencontrer les « poulets célestes » : des sortes de divinités qui devraient avoir le respect, l’admiration et le savoir-faire.
Les internautes devraient les choyer pour continuer à toujours avoir de la nourriture.
Mais la gourmandise prend le dessus. Les internautes les tuent tous, ils les dévorent, tant qu’ils le peuvent et jusqu’au dernier.

4. La critique capitaliste
Il n’y a plus de poulets célestes qui gambadent et vivent librement.
Non, à présent, on fabrique des poulets à la chaîne, dans les usines.
Les poulets sont devenus dégoûtants, des formes de viande qui n’ont rien d’appétissant.
Les cadavres de poulets industriels, qui n’ont vécu que pour être mangés.
On voit les morceaux de poulet se faire recycler. Rien n’est gaspillé, tout est mangé.
5. La chute : une question existentielle
Et enfin, la chute.
Où nous a menés toute cette surconsommation ?
Elle nous a menés à une question : qu’a-t-on vraiment dans son assiette ?
On ne sait pas ce qu’on mange, ce qu’on a mangé et ce qu’on mangera.
Tout n’est que synthétique. Personne ne le sait vraiment.
Parce que les poulets n’en sont pas.
Personne ne sait qu’en réalité, le poulet a été substitué par une dinde, moins chère, plus simple à exploiter et avec un goût différent.

Conclusion : une œuvre inoubliable
Face à cette œuvre, personne ne peut rester de marbre.
C’est aussi beau que terrible.
À mon avis, Pouler.fr est la plus grande œuvre de MiamoAlex.
Le site est drôle, mais en même temps, le sous-texte est assez terrible.
C’est dans un style assez laid, mais qui est tellement beau.
Les mots me manquent pour exprimer mon ressenti.
Il me semble impossible de faire mieux.
Un site qui part d’un nom de domaine humoristique (« poulet » avec une faute d’orthographe) et qui devient une critique acerbe de notre société.
Finalement, en voyant ce site, on en vient à se demander si nous ne sommes pas les dindes de notre monde.
On se demande qui finira par nous manger et si on ne finira pas comme Herbert, à se faire manger par le capitalisme.
Le vrai bien de consommation, c’est notre âme, qui se fera dévorer comme le poulet céleste.

Merci, MiamoAlex.



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