Introduction : Pourquoi parler des arnaques solaires ?
Bonjour,
Aujourd’hui, j’aimerais vous parler des arnaques solaires du côté du démarchage. Ayant travaillé dans une grande entreprise de panneaux photovoltaïques, je pense un peu m’y connaître. J’aurais pu vous parler des devis incompréhensibles ou des promesses des commerciaux. Cependant, j’ai choisi cet angle pour deux raisons :
- Depuis mon article sur l’émission de Julien Courbet, l’audience du site a bien vieilli.
- Je trouve que les promesses et le démarchage sont tellement absurdes que cela en devient presque drôle.
Alors, évidemment, ici, on a un œil avisé et on ne se fait pas avoir. Mais si, par aventure, vous voyez un de ces procédés, laissez-moi vous expliquer un peu comment cela fonctionne.
Structure du marché solaire en France
Ce qu’il faut comprendre du marché solaire en France, c’est qu’on a un grand nombre d’acteurs. On peut également considérer que plus un acteur est gros, plus il sera cher. Mais on peut aussi considérer que plus il est gros, plus il est fiable. On peut cependant diviser les acteurs en trois groupes :
Le groupe EDF
- En réalité, EDF est le groupe qui vend le plus de panneaux solaires et au prix le plus élevé. Il faut dire que quand on parle électricité, on pense forcément à EDF. EDF ayant un quasi-monopole à cause de son histoire, les gens ont confiance. EDF ne fait presque pas de publicité et pas de démarchage, les clients viennent d’eux-mêmes. D’après les libertariens et les commerciaux solaires, "c’est une aberration qui ne devrait pas exister". Pourtant, on comprend la logique : notre fournisseur d’électricité est le mieux placé pour nous parler de produire de l’énergie. De fait, tant qu’EDF existera sous une forme ou une autre, il aura toujours cette place prédominante.
Moyennes et grandes entreprises
- Les moyennes et grandes entreprises et les groupes sont un peu comme EDF sur le positionnement. On est sur des installations premium, mais avec un groupe rassurant derrière par sa taille. En général, l’entreprise est grande car elle se positionne en BtoB principalement. C’est-à-dire que ce sont des entreprises reconnues car elles font des centrales solaires immenses ou pour des professionnels. Donc, quand elles passent en BtoC, on leur fait confiance car, normalement, elles savent ce qu’elles font. Cependant, ces entreprises sont aussi celles qui vous vendent des installations « dans toute la France ». Aujourd’hui, aucune entreprise n’est capable de faire cela par elle-même et ne le pourra sans doute jamais. Elles passent donc par des sous-traitants qui sont des entreprises de mêmes tailles ou des petits installateurs. De fait, si vous passez par un grand groupe, il est possible d’avoir un résultat très décevant car l’installation peut être faite par n’importe qui.
Petits installateurs
- Les petits installateurs, c’est tout le reste. C’est aussi les plus nombreux. En général, ce sont des groupes composés d’électriciens qui ne sont pas spécialisés dans le solaire mais qui en installent, des petits artisans, des installateurs, etc. Eux, ce sont souvent les sous-traitants des grands groupes qui ne se déplacent pas à l’autre bout de la France. Seulement, les petits artisans, c’est un problème. Comme il y a plein d’acteurs, on peut souvent tomber sur tout et n’importe quoi. Il n’est pas rare qu’on trouve des artisans sans assurances, sans garantie décennale, sans certification RGE, etc. Leur spécialité, c’est de vous encaisser, mais dès que vous avez un problème, ils liquident la société et en créent une autre. La réalité, c’est que ces petits artisans essaient de faire un maximum d’argent au meilleur prix, donc ne s’embarrassent pas « des détails ». Mais cela veut aussi dire que s’ils ont un procès, doivent rembourser, ou une externalité du genre, ils ne peuvent plus tenir l’entreprise et il est moins coûteux pour eux de refaire une nouvelle entreprise.
Pourquoi le marché solaire est-il si lucratif ?
Des panneaux presque tous identiques
En réalité, c’est un marché hyper intéressant pour les entreprises. D’une part, à cause des prix. Je vais vous révéler un secret du métier : les panneaux solaires fabriqués en France, ça n’existe plus. En Europe non plus, d’ailleurs. Les meilleurs panneaux sont chinois. Il faut comprendre que la Chine avait un problème sur sa production d’énergie et donc a investi massivement dans la recherche. Aujourd’hui, ils ont les meilleures machines du monde. D’ailleurs, pour avoir de meilleurs panneaux, de nos jours, c’est difficile. On est arrivé aux panneaux les plus poussés et les améliorations qu’on fait, c’est pour gagner 1 % de productivité en rapprochant les cellules photovoltaïques. De fait, les panneaux sont presque tous pareils. C’est la même technologie, les marques sont presque toutes pareilles et tout vient de Chine, et les matériaux pour les fabriquer sont hyper accessibles. Mais cela veut aussi dire qu’au niveau du prix, cela se ressent. Un panneau solaire a un prix réel d’environ 1,20 € pour une entreprise. La plus grosse partie du prix vient de la livraison de la Chine jusqu’à la France. Certaines entreprises qui commandent les panneaux par milliers arrivent à tirer le prix bien en dessous de 1 € par panneau. Ce qui est plus cher, ce sont les onduleurs et micro-onduleurs. Dans les micro-onduleurs, on trouve en effet du platine, qui coûte cher. C’est pour cela que sur les installations, on opte pour des onduleurs centraux : on n’a besoin que d’un onduleur au lieu de plusieurs, et cela coûte moins cher. De plus, on a maintenant les batteries. En réalité, le lithium, le phosphore, le plomb, etc., c’est cher, mais pas tant que ça. Ce qui fait augmenter le prix, c’est le stockage et l’assurance. Si une batterie dans un conteneur a un défaut ou chauffe trop et qu’elle prend feu, elle détruit toute la marchandise et l’entrepôt. Il faut comprendre qu’une batterie qui brûle, on ne peut pas l’éteindre, on peut juste attendre qu’elle n’ait plus rien à brûler. Alors, on répercute ce risque en assurance. Tout le reste des matériaux, ce sont des fils électriques et des boîtiers en plastique.
Marges élevées et cibles privilégiées
De fait, on comprend que les marges sont énormes. Mais les marges sont si grandes à cause des cibles. On vend des panneaux solaires à des propriétaires de maison. Je ne vous ferai pas l’analyse du marché de l’immobilier, qui est catastrophique, mais en gros, pour être propriétaire d’une maison individuelle, il faut avoir beaucoup d’argent. Donc, la cible du solaire, ce sont soit des personnes d’un certain âge qui cherchent à investir, soit des personnes âgées qui ne savent plus quoi faire de leur argent, soit des gens riches. Après, il y a des exceptions, mais les exceptions, ce sont ceux qui se feront leurs installations eux-mêmes en général. Si on ajoute cela à une prospection qui est relativement peu chère, on voit un marché lucratif. Il faut dire que la publicité en ligne, et surtout sur les réseaux sociaux, est de plus en plus accessible. En l’occurrence, les publicités Facebook sont intéressantes. Pour 200 €, vous êtes presque sûr d’avoir au moins une quinzaine de publicités différentes qui vont toucher votre cœur de cible. Vu que c’est Meta, en quelques clics, vous déployez les publicités également sur Instagram. Mais si cela ne suffit pas, on a le classique du marketing téléphonique. Nous y reviendrons prochainement.
Les techniques d’arnaques les plus courantes
Alors, maintenant qu’on sait comment marche le marché, on peut comprendre l’attrait pour celui-ci. Pour autant, je n’ai pas parlé d’arnaques. Les entreprises peuvent être tout à fait légitimes. Cependant, je vous l’ai dit, c’est un marché très concurrentiel avec beaucoup d’argent à gagner. De fait, certains seraient tentés de vous démarcher avec n’importe quelle approche pour gagner des parts de marché. Si on considère la vente avec la méthode du SONCAS (sécurité, orgueil, nouveauté, confort, argent et sympathie), les arnaqueurs essaient de ratisser large. Ils utilisent donc le mensonge à 1 €, qui permet de parler de sécurité, nouveauté et argent, ou ils utilisent l’usurpation, qui permet de parler sécurité, orgueil et confort.
Le mensonge à 1 € : une promesse trop belle pour être vraie
Le mensonge à 1 €, comme je l’appelle, est un procédé où on vous promet des panneaux solaires gratuits ou à 1 € symbolique. On voit l’arnaque de loin, mais pourtant, c’est encore très populaire, donc j’aimerais qu’on réfléchisse un instant à cela. Qui ferait des panneaux gratuits ou à un euro ?
Le premier qui pourrait « offrir » les panneaux, ce serait l’État. Donc, on imagine que notre gouvernement actuel, qui – sans faire de politique – est plutôt pro-nucléaire et très hostile à l’écologie, se mettrait soudain en tête de saboter EDF, dans lequel il investit ? Cela n’a tout simplement aucun sens que le gouvernement offre des panneaux, surtout quand on voit comment il tire pour baisser les aides à l’installation.
Donc, les seconds qui pourraient « offrir » les panneaux, ce sont des entreprises. Et cela existe, mais pas vraiment en BtoC. Certaines grosses entreprises utilisent les toits ou les terrains d’autres entreprises pour faire des centrales solaires et, en échange, leur offrent de payer leurs factures d’électricité. Ce n’est pas bête : si une grande surface fonctionne 6 jours sur 7 et 12 heures par jour, cela laisse quand même plein d’heures où l’on ne fait que de la revente, et cela fait un beau bénéfice.
Mais en BtoC, cela n’a pas de sens. D’une part, les tarifs de revente sont assez faibles actuellement, donc il faudrait une énorme centrale. Ensuite, la production d’un toit de maison ne couvre pas l’intégralité de la consommation du foyer. On essaie d’obtenir le maximum en faisant des batteries ou en faisant tourner la machine à laver à midi, mais en vrai, c’est dur d’avoir l’équilibre parfait. Donc, aucune entreprise n’offrirait des panneaux dans l’espoir de se rembourser avec la revente du foyer.

L’usurpation d’identité : se faire passer pour l’État ou EDF
Alors, l’autre choix de mensonge, c’est l’usurpation d’identité. Un peu de la même manière que précédemment, finalement. Des entreprises se font passer pour l’État ou des collectivités territoriales qui veulent faire des panneaux aux administrés. D’autres se font passer pour de grosses entreprises comme EDF et RTE, qui font des offres spéciales. Le but, c’est de rassurer, mais en réalité, aucune preuve de savoir à qui on parle avant d’avoir un devis avec un numéro de SIRET.
Exemples concrets d’arnaques sur les réseaux sociaux
Je vous ai expliqué précédemment les publicités en ligne et les arnaques possibles. Alors, je suis allé sur Instagram et je vous ai sélectionné trois publicités qui me font un peu rire.
Cas 1 : Publicité Instagram
La première est un bon cas d’école. Mes captures d’écran ont plusieurs mois, mais cette publicité, qui est mensongère, est toujours en ligne : je l’ai revue pendant l’écriture de cet article. Déjà, on a une grosse confusion entre les panneaux, le chauffage et l’eau chaude. En réalité, si vous allez sur la page Facebook ou le site, vous comprenez pourquoi. Cette entreprise fait de l’isolation à la base. Elle a ensuite vu une opportunité dans le solaire et le chauffage, donc elle s’est placée sur tous les fronts. On remarque aussi que le site fonctionne à moitié, puisque je ne peux même pas voir les conditions générales de vente ou le plan du site. Sur la page Facebook, on voit qu’il n’y a plus d’activité depuis 2022, l’entreprise a un peu changé le discours pour passer de « pour 1 € » à un petit « à partir de 1 € », ce qui permet de ne pas passer pour une arnaque. Je pense que l’entreprise n’existe pas ou plus et que le gérant utilise ce numéro sur plusieurs sites, puisque si on cherche dans les annuaires, le numéro de téléphone ne correspond à rien. Pire encore, certains services le mettent dans la liste des arnaques. D’après la publicité, ils ont 5/5 sur Trustpilot. L’entreprise n’a même pas de page Trustpilot et les avis sur Facebook sont assez mauvais. De plus, j’aimerais qu’ils m’expliquent comment je peux installer des panneaux solaires si je suis locataire. Mais bon, même si tout cela était vrai, des panneaux bleus comme cela, ça n’existe plus, donc je ne voudrais même pas de panneaux qui ont 30 ans. J’aurais dû les appeler pour leur demander tout cela, j’imagine.

Cas 2 : Le réseaux de sites douteux
Pour le deuxième, on découvre un nouveau truc : les panneaux à 80 % financés. La bonne affaire ! Je vais vite sur le site. Ils mettent qu’ils ont 5/5 et 2 171 avis sur Trustpilot. Ils ont une page Trustpilot que Trustpilot a suspendue car l’entreprise a menti sur les avis. Sur leur site, on découvre un élément marketing du solaire : le simulateur en ligne. C’est un outil super qui permet de voir un prix avant de s’engager. Donc, je lui réponds que je suis locataire d’un appartement et que je me chauffe au bois. Là, je suis redirigé sur un nouveau site qui me dit : « Bonne nouvelle ! D’après vos critères, vous êtes éligible pour l’installation des nouveaux thermostats connectés à 0 €. » Je suis chanceux, on dirait, seulement, aucun des boutons de la page ne marche et je ne peux aller plus loin. Comme j’étais déçu, j’ai vu que j’étais à présent sur le site "eco-astuces", alors j’ai refait une simulation sur ce site où l’on m’a redirigé en répondant pareil. On m’a simplement mis un message de remerciement. C’est étrange. Mais c’est encore plus drôle quand on sait que cette entreprise a une vingtaine de sites différents et de landing pages différentes. Par exemple, la page "programme solaire région" renvoie sur un nouveau site qui s’appelle "programme-solaire", qui renvoie sur "solaire-eligibilite". Le meilleur reste pour moi "douche1e", qui permet de bénéficier du programme 'douche senior'. Quel est le lien avec les panneaux solaires ? Aucune idée, sûrement que les deux sont faits pour arnaquer les vieux. En tout cas, après avoir fait ma simulation, je suis renvoyé sur aides-environnement.fr/mercidouche/, qui n’est même pas un site fonctionnel. Je ne sais même pas qui appeler cette fois-ci pour demander.

Cas 3 : Remi sans avis
Le dernier est très fort aussi. On commence avec la technique de l’usurpation : un gros logo République française, une pastille France Relance et MaPrimeRénov’ pour faire genre que c’est un truc officiel du gouvernement. Le texte est très court, mais on nous promet une installation 100 % financée. Financée par qui ? Personne ne le sait. Peut-être le client ? Peut-être l’État ? On ne le découvrira jamais. En revanche, on a un truc intelligent : si on appuie sur « profiter de l’offre », on a un formulaire Instagram. C’est malin, puisque Instagram va vous préremplir les cases comme les coordonnées, vu qu’il les connaît, et donc le prospect aura moins la flemme de remplir. En revanche, cela veut aussi dire qu’on peut remplir avec n’importe quoi au QCM sans être arrêté. Là, vous avez dû remarquer un truc étrange : le compte qui a posté la publicité. Je vous présente Rémi. Apparemment, Rémi n’a pas eu un grand succès avec son groupe de musique et s’est reconverti dans le solaire. Il est possible que son compte ait juste été piraté, mais son compte m’inspire bien. Déjà, car on apprend que Rémi a eu un diplôme de médecine chinoise, et ensuite, car le logo de son groupe me terrifie. J’ai quand même essayé d’écouter la musique de Rémi pour savoir si, quand il parle de musique engagée, c’est engagé pour les panneaux solaires. Bon, je ne vais pas vous mentir, je n’ai rien compris au message de sa musique non plus, mais j’imagine que cela dénonce. Mais bon, je ne vais pas m’acharner contre Rémi, il a peut-être été piraté et lui, comme moi, nous n’avons pas de commentaires quand nous publions sur Instagram.
Le démarchage téléphonique et ses dérives
Pourquoi faire par téléphone ?
Avant de passer à la suite, j’aimerais qu’on s’arrête sur une autre notion de la vente : l’entonnoir de prospection. Le principe, c’est de faire une structure où l’on réduit et on qualifie la prospection pour aboutir à la vente. Alors, après, chacun met le nombre d’étapes qu’il veut, mais c’est toujours la même idée. Pour mon exemple, je vais prendre un modèle très simple. Ce qu’il faut comprendre, c’est que tout en haut, dans les suspects, on a tous ceux qu’on pense pouvoir vouloir des panneaux solaires. Si vous voulez une base de suspects bien choisis, cela va vous coûter plus cher. Il faudrait faire une base de listing de propriétaires, recoupée avec les âges et professions pour que cela soit au plus près de la cible. Et c’est compliqué, mais grâce à la publicité ciblée, on arrive un peu à faire cela. Ce qui fait que la pub nous ramène des leads, qui sont des gens avec un fort potentiel. Une fois le contact établi avec le lead, comme on le qualifie, on l’appelle prospect et, si tout se passe bien, il devient client. Le commercial est souvent jugé par son manager sur son pourcentage de personnes qui passent d’une étape à l’autre. Cependant, passer des étapes, cela coûte cher. Imaginons qu’on est 100 suspects au début : si, à la fin, on a 1 client, cela veut dire que 99 personnes sont passées dans notre entonnoir. Mais tout le temps qu’on a perdu avec les 99 autres personnes aurait pu être utilisé à avoir plus de gens dans l’entonnoir. Donc, on fait des stratégies pour que l’entonnoir soit le plus large possible au début. Pour ce faire, on a les publicités comme je vous l’ai dit, où les personnes qui présentent un intérêt vont devenir lead. Mais certaines entreprises décident d’utiliser le marketing téléphonique pour élargir l’entonnoir.

Call-centers étrangers et violations de la loi
Le marketing téléphonique n’est pas une mauvaise chose en soi : vous montrez de l’intérêt, alors on vous appelle pour en discuter. En revanche, le démarchage téléphonique, ce n’est pas la même mayonnaise. Petit point droit, d’ailleurs : depuis 2020, le démarchage téléphonique dans le domaine des énergies renouvelables est interdit . Le marketing téléphonique, en revanche, n’est pas interdit, donc si vous avez donné vos coordonnées pour être appelé, c’est légal. Cependant, si on vous appelle sans que vous ayez donné vos coordonnées, cela veut dire que l’entreprise qui vous démarche viole la loi française, mais également la loi européenne. En effet, le règlement général de protection des données protège vos données personnelles, et le numéro de téléphone en fait partie. Pourtant, beaucoup d’entreprises le font (légitime ou non). En réalité, les entreprises sous-traitent souvent le démarchage téléphonique à des call-centers étrangers. Pour l’entreprise, aucun risque, c’est juste un sous-traitant étranger et c’est moins cher. Je vais vous révéler donc un secret : comment se fait-il qu’on n’a pas l’impression que ce sont des étrangers au bout du fil ? Ce sont des francophones très corrects. Et bien, l’entreprise où j’ai travaillé ayant fait appel à un sous-traitant call-center, je peux vous dire que le call-center se situe dans un pays qu’on aime tous : Israël. Au début, je n’en savais rien, mais quand on a envoyé les factures et qu’on nous a répondu : « On vous paiera après les fêtes », alors qu’on était au milieu des fêtes juives, j’ai commencé à douter. Alors, après, on sait qu’il y a des call-centers du genre dans plein d’autres pays, mais je pense qu’il y a une enquête plus poussée à faire sur Israël, car avant de travailler dans ce secteur, je n’avais jamais entendu parler du rôle d’Israël dans les call-centers étrangers. En général, on utilise plutôt les call-centers d’Afrique du Nord, donc c’est assez surprenant.
Le robot me démarche par téléphone
J’en viens donc au démarchage automatisé. Vous avez peut-être entendu parler « d’IA qui appelle pour vendre des panneaux solaires ». Bon, en vrai, il n’y a pas grand-chose qui relève de l’IA, c’est un abus de langage. C’est simplement un robot automatisé comme vous en avez sur un standard téléphonique ou autre. C’est en réalité assez simple de s’apercevoir que vous ne parlez pas à une vraie personne : si vous dites autre chose que « oui », le scénario bugue et soit il répète, soit ça raccroche. Je l’ai d’ailleurs expérimenté. Il faut savoir qu’en faisant cela, ils ont violé une troisième loi, puisque mes numéros de téléphone ne sont pas dans l’annuaire et sont inscrits sur Bloctel. Autrement dit, je suis sur la liste des personnes opposées à ce qu’on me démarche, et donc je ne consens à rien sur le démarchage. Bon, évidemment, va faire comprendre cela à un programme. Le robot m’a appelé tous les deux jours pendant deux semaines, j’ai eu l’occasion de tester des trucs comme le laisser parler seul, appuyer sur des touches de mon téléphone pendant l’appel ou lui parler avec un accent pour voir s’il comprenait. J’attendais chacun de ses appels avec impatience, j’attendais son : « Alors, oui, je sais qu’on vous a sûrement déjà appelé pour vous parler de panneaux photovoltaïques. » Puis, la semaine dernière, il m’a appelé et j’ai décidé de dire oui à tout. La conversation s’est passée un peu comme cela (je n’ai pas eu la présence d’esprit d’enregistrer et je vous dis de tête) :
« Alors, oui, je sais qu’on vous a sûrement déjà appelé pour vous parler de panneaux photovoltaïques, mais cette fois, c’est différent, l’État a mis en place de nouvelles aides pour la rénovation énergétique, je vais vous poser juste deux-trois questions rapides pour vérifier votre éligibilité.
— Oui.
— Vous êtes bien propriétaire de votre logement ?
— Oui.
— Quel type de chauffage utilisez-vous chez vous ? Est-ce que vous vous chauffez à l’électricité, au gaz, au fioul… ?
— Au gaz.
— Bon, je suis obligé de vous poser la question, mais avez-vous plus de 70 ans ?
— Oui.
— Dans quel département résidez-vous ?
— Oui.
— Très bien, merci. Je vais vous mettre en relation avec un conseiller qui pourra vous expliquer tous les détails et vous proposer une étude gratuite à domicile. Bonne journée. »
Et ça a raccroché. Honnêtement, c’était la première fois que j’allais au bout du script téléphonique, donc cela m’a surpris. Depuis, il ne m’a plus rappelé, d’ailleurs. De ce que je sais, ce robot serait à Madagascar ou dans le Maghreb. Le but du robot est de transformer tous les suspects possibles en leads. Et comme c’est un robot, il peut faire des milliers d’appels très rapidement. Comme vous avez l’entonnoir en tête, vous avez une idée de la taille des suspects. Dans ces structures, chaque étape est gérée par une entreprise différente, ce qui fait que plus vous êtes dans le tunnel de vente, plus vous coûtez cher à l’entreprise finale. Nous avons donc tout intérêt à leur faire perdre un maximum de temps à chaque étape. Là, je ne suis plus un suspect, mais un lead, et j’ai déjà coûté une centaine d’euros.
Alors, quelques jours après, un homme me rappelle. Cette fois, je suis en appel avec une vraie personne. Je sais à quoi il joue, alors je le prends à revers. L’appel a duré un quart d’heure, donc je ne vais pas tout vous retranscrire. En gros, je lui demande pour qui il travaille, il me dit qu’il est fonctionnaire et qu’il travaille pour un bureau d’études. Cela me paraît tout à fait crédible, puisque, en plus de n’avoir aucun sens, c’est connu que l’État adore violer trois lois pour me vendre des panneaux solaires. J’essaie de lui faire avouer, mais il ne veut pas, en disant que je n’ai qu’à voir avec son responsable. Je lui demande pourquoi m’avoir demandé mon âge. Il me dit que selon mon âge, il y a différentes primes d’État. C’est bien connu, cela n’a rien à voir avec le fait que les retraités ont du pouvoir d’achat. Il me dit que je suis bizarre à lui poser autant de questions et à ne répondre à aucune des siennes. Je lui explique donc que je suis curieux. Seulement, je dérape et dis que je suis locataire. Il parle alors en même temps que moi et dit alors : « Vous êtes locataire ? AU REVOIR AU REVOIR AU REVOIR ! » et raccroche. Je le rappelle donc, je tape le 07 56 89 79 63 et il me raccroche volontairement. Cela me vexe un peu, j’essaie plusieurs fois, mais toujours pareil. Je lui laisse donc un message en lui disant que j’aimerais parler à son responsable. Surprise, il me bloque. J’appelle donc avec un autre numéro. Il décroche la première fois, mais dès qu’il me reconnaît, il raccroche et bloque le nouveau numéro. Je le rappelle donc en masqué, mais pas plus de réponse. Je ne pourrai plus reparler à cet homme malgré mes 14 appels…
Alors, que serait-il arrivé si j’avais continué dans le script ? La société de traitement de leads aurait envoyé ma fiche à une autre entreprise qui fait des installations photovoltaïques, et il y a fort à parier qu’ils m’auraient fait un devis exorbitant, car j’aurais coûté entre 500 et 1 000 € à force de passer par différentes entreprises. Forcément, pour être rentable, les démarcheurs de ce style doivent augmenter les prix.
Je ne sais pas trop comment conclure cet article. Alors, je le ferai en vous disant de vous méfier des arnaques et de vous en amuser un maximum, car cela leur fait perdre de l’argent. En leur faisant perdre de l’argent et du temps, cela sera plus efficace que les sanctions légales dont ils n’ont rien à faire. Donnez un minimum d’informations personnelles, mais prenez un maximum de leur temps. Sur ce, on a bien rigolé, mais, n’ayant pas de travail, je dois retourner appeler cet homme, dans l’espoir qu’il me réponde…






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